La conquête de la Norvège (Vincent Arbarétier)

arbaretier-conquete-norvege-zLa vénérable collection « Campagnes et Stratégie » d’Economica s’enrichit d’un 118e (!) opus consacré à la campagne de Scandinavie de 1940, et plus précisément la singulière et finalement assez méconnue bataille de Norvège du point de vue essentiellement allemand.

Etrangement, la question n’avait jamais été véritablement abordée dans un ouvrage en Français, en tant que telle et pour elle-même. Avec le sous-titre de « première opération interarmées* de l’histoire », l’auteur, le lieutenant-colonel Vincent Arbarétier déjà bien connu pour plusieurs beaux volumes consacrés à la percée allemande de Sedan et à la stratégie méditerranéenne de l’Axe, souligne un fait d’importance qui n’est en effet pas toujours mesuré à sa juste valeur : en 1940, a été planifiée, préparée et victorieusement exécutée (à quelques « détails » près, dont le principal a pour nom Narvik), une opération combinée complexe déployant et coordonnant sous une même autorité des éléments terrestres, navals et aériens; or « cette opération ne fut pas conduite par une Thalassocratie anglo-saxonne mais par une puissance continentale », l’Allemagne, pourtant en principe totalement surclassée sur le plan naval. Il s’agit là en quelque sorte de l’acte de naissance de l’OKW (Oberkommando der Wehrmacht) en tant que véritable et sans doute premier état-major supérieur interarmées digne de ce nom au monde.

NarvikComme de coutume dans cette collection l’ouvrage est assez bref (160 pages) et va à l’essentiel sous un angle résolument militaire (avec bien sûr les développements plus larges nécessaires, la question du rôle de Quisling notamment) et ce dans un esprit didactique dont témoigne l’annexe finale reprenant très utilement et en détail la chronologie des opérations. Celles-ci n’occupent d’ailleurs à proprement parler que la moitié de l’ouvrage. L’analyse globale est précise et de grande qualité, en commençant par la genèse et les différentes versions de l’opération Weserübung (exercice Weser) envisagées dès 1939 pour prendre de vitesse une initiative alliée dans cette région jugée économiquement vitale (la fameuse « route du fer » de Narvik). L’étude a parmi ses grands mérites celui de montrer en détail la complexité qu’il y a à traduire des directives stratégiques – voire politiques – dans la réalité opérationnelle et tactique, plus encore lorsqu’il s’agit de coordonner, pour la première fois – en tout cas à cette échelle -, des éléments de trois armées non seulement jalouses de leurs prérogatives mais obéissant à des impératifs et à des procédures différents.

Norvège« Tactiquement, la meilleure solution pour les Allemands consistait en une saisie au cours d’un premier assaut du plus grand nombre possible de centre urbains et avec, dans un second temps, leur liaison ». Voilà qui préside au spectaculaire abordage aérien et surtout naval en règle auquel se livre la Wehrmacht par surprise au cours de ces journées d’avril, et que l’on peut comparer à la lourdeur et à la lenteur de l’organisation de l’expédition alliée connaissant tout juste un début d’éxécution en paralèlle. A ce titre et à d’autres – l’épisode de la bataille de Narvik qui reste malgré tout le seul véritable succès tactique allié, certes sans lendemains, de la funeste bataille de 1939-1940 – la conquête de la Norvège (« accessoirement » du Danemark) de prime abord considérée comme secondaire, excentrique et finalement peu couteuse malgré de réelles conséquences sur la conduite ultérieure de la guerre, méritait bien ce bel éclairage approfondi et fort bien mené même si parfois peut-être un peu aride, tout au moins pour un public non spécialisé.

Arbarétier (V), La conquête de la Norvège, Economica, 2014, 160pp, 23€ / ISBN 978-2-7178-6756-5

* Et non interarmes, la nuance est d’importance et peut échapper à un public non averti : interarmes signifie la mise en oeuvre lors d’une opération militaire de différents types de troupes (infanterie, blindés, artillerie…) ; interarmées met en jeu sous une même autorité supérieure des éléments appartenant à plusieurs ‘armées’ d’un pays donné, soit l’armée de terre, l’armée de l’air et/ou la marine.

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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