Citation du jour : commander une formation blindée selon « Rad » Radley-Walters

Un Sherman III du SFR en juillet 1944

« Vous devez être vu par vos hommes; vous ne pouvez pas rester derrière. Il faut être avec les autres […] je crois que diriger ses hommes, ça commence au front, prendre les mêmes risques que ses soldats; c’est là que se bâtit la confiance. […] Le plus important, c’est de les diriger en leur parlant par radio, de leur parler sans relâche. En d’autres mots, il ne faut pas prendre de pause et que personne n’entende plus rien, il faut continuer d’appeler […] Au fond, il faut les amener à se couvrir entre eux à mesure des déplacements […], et on vous entend si vous êtes sur un réseau radio d’escadron ou de régiment, tout le monde vous entend, tous les chars, alors ils comprennent ce que fait l’ennemi et ce que vous faites pour le combattre. On ne court pas partout sur le champ de bataille en tirant n’importe où sans que personne ne se parle.»

Sydney « Rad » Radley-Walters (1920-2015), « as » des blindés canadiens en 1944-1945, commandant un escadron du Sherbrooke Fusiliers Regiment (27th Armoured Regiment)

Cité in C. Leslie Mantle et L. Zaporzan, The leadership of S.V Radley-Walters, Canadian Military Journal, 2009

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Question du jour : Quelle était l’origine des (à peu près) 3 millions de combattants de la guerre de Sécession ?

La réponse en une petite infographie certes moche, j’en conviens bien volontiers, mais toute personnelle et réalisée avec cœur.

On y note que les citoyens américains « de souche » ™ ne constituent qu’une petite moitié des effectifs (environ un million d’hommes quand même), le reste étant constitué de de naturalisés américains mais nés à l’étranger (cas de Regis de Trobriand, né français mais naturalisé américain de mémoire en 1855), de diverses minorités étrangères (environ 25%, essentiellement allemands et irlandais), ou encore de volontaires indiens et bien sûr d’environ 200000 (les chiffres oscillent entre 175 et 230000 selon les études) noirs américains, soit environ 10% du total, pour moitié libres et pour l’autre moitié d’anciens esclaves en fuite ou libérés au cours de la guerre.

Côté confédéré, le Sud ne recevant qu’une part infime de l’immigration arrivant dans le pays, la cohésion « ethnique » et nationale est évidemment bien plus forte. Sur une estimation classique et médiane de 900000 hommes (aucune certitude, les évaluations allant d’improbables 600000 à 1,2 million)  on trouve une proportion d’environ 90% de « blancs américains » et seulement 10% de volontaires étrangers déjà installés au Sud ou ralliant la Confédération au cours du conflit. Les esclaves du Sud ne sont pas comptés ici car, sauf cas tout à fait marginal, non combattants, mais il convient de ne pas oublier le rôle essentiel qu’ils jouent malgré eux dans l’effort de guerre confédéré en assurant, outre la production agricole et industrielle,  la plupart des travaux de main d’oeuvre, la logistique et les transports. Leur seule présence permettra à la Confédération de mobiliser d’une manière ou d’une autre la quasi totalité de sa population blanche en age des porter les armes, atténuant (un peu) l’écrasant poids démographique du Nord.

Enfin vous aurez noté, et je vous en remercie, le drapeau pan-africain totalement anachronique ici (puisque datant de 1920) pour évoquer les combattants noirs de l’Union, mais plus évocateur à cette échelle que l’emblème de l’USCT.

 

 

 

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Grant vs Lee, et inversement (Guerre de Sécession / American Civil War)

En attendant le prochain retour à une activité cliophagesque normale… tout au moins régulière… disons a minima un peu moins épisodique, signalons, à grands renforts de « nous » de majesté, la sortie depuis le mois de février de notre « Ulysses S. Grant, l’étoile du Nord » qui a rejoint « Robert E. Lee, la légende sudiste » aux éditions Perrin.

Toujours disponible et sorti l’an dernier, cette fois aux éditions Economica, « Le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession« , en attendant d’autres projets en cours et à venir.

Au passage et en passant, j’adresse un grand salut confraternel et amical à Rémy Porte enfin de retour aux affaires sur l’incontournable blog à la Chouette Guerres et Conflits.

Et ce sera tout pour le moment. Strike the tent !

 

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Citation du jour : Définition de la puissance navale selon l’amiral Nimitz (1945)

CV« Le terme de puissance navale ne doit pas être pris au sens étroit. Il inclut bien des armes et bien des techniques. La puissance navale recouvre bien plus que la quantité de navires  et d’avions de combat, de forces amphibies et de marine marchande. Elle intègre les équipements portuaires de New York et de Californie ; les bases de Guam et du Kansas ; les usines qui sont l’élément essentiel de la guerre ; et les fermes qui produisent le ravitaillement. Tous sont des éléments de la puissance navale. De plus, la puissance navale n’est pas limitée aux matériels et aux équipements. Elle inclut l’organisation fonctionnelle en usage en temps de guerre. Dans le Pacifique, nous avons été capables d’utiliser efficacement notre puissance navale parce que nous avons été organisés tout au long de la chaîne. L’organisation actuelle de notre département de la Marine a permis de prendre des décisions avec efficacité. Elle nous a permis une grande flexibilité. Au cours de chaque opération, nous avons été capables d’exercer notre force au moment et à l’endroit où elle pouvait causer le plus de dommages à l’ennemi. »

NimitzAmiral Chester W. Nimitz (1885 – 1966),

commandant en chef de la Flotte du Pacifique (1941-1945)

Cité par l’Amiral King, Third Report to the secretary of the Navy, 1945

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La Marne, 1914 : au delà du miracle

C’est depuis l’origine un lieu commun mémoriel de considérer la victoire de la Marne de septembre 1914 comme un « miracle » renversant une situation au mieux compromise en profitant d’un singulier Deus ex Machina : un petit tas d’officiers Allemands (Moltke chef d’Etat-major de l’OHL, Kluck et/ou Bülow commandants les deux principales armées de l’aile marchante, et/ou le colonel Hentsch tirant les ficelles de l’Etat-major général et ordonnant la retraite – rayez les mentions inutiles) se prenant les pieds dans le tapis d’une offensive pourtant minutieusement planifiée depuis vingt ans à l’inspiration de tonton Schlieffen.

Le problème avec les miracles, c’est qu’ils se suffisent à eux-mêmes. L’adversaire commet une erreur, Joffre en profite pour contre-attaquer (à coups de taxis croient encore beaucoup de gens) et Kluck se lamente de la volte-face française pas « prévue dans les écoles de guerre ». Dossier clos, fin de l’histoire et vrai début de la « Grande guerre ».

Or, Sylvain Ferreira, déjà auteur d’une très intéressante petite étude sur les Dardannelles dans la même collection nous présente avec sa verve habituelle, claire et efficace, si parfois un peu abrupte, une toute autre perspective de la bataille dans cet ouvrage original pouvant apparaître anachronique dans les termes mais pas dans les réalités de terrain : l’émergence empirique au sein du commandement français et de son général en chef Joffre en particulier, de ce qu’on appellera plus tard « l’art opératif », c’est à dire la capacité à conduire activement l’ensemble des opérations en temps réel en coordonnant ses moyens vers’un objectif intermédiaire placé entre la simple gestion tactique sur le champ de bataille et la stratégie, objectif final de la guerre. Cette capacité de gestion « hors de vue » d’une bataille multiple et évolutive prolongeant en quelque sorte la « grande tactique » de Guibert et Napoléon (concentration de forces dispersées au point décisif) était difficilement accessible jusque là, et ne sera pas (ou peu) théorisée avant les années 1930 en URSS.

Elle est pourtant peu à peu permise en pratique dès la seconde moitié du XIXe siècle par les moyens d’observation, de communication et de liaison modernes (ballons, télégraphe, voies ferrées,  bientôt radios, véhicules, avions…). Dans une certaine mesure, U.S Grant en 1864-1865 ou Moltke (l’ancien) en 1870 s’y essayent déjà, de même que Joffre dès le mois d’août lorsqu’il modifie (insuffisamment) son plan en « basculant » en quelques jours une partie de ses forces (dont le XVIIIe Corps d’armée, les « Poilus du Sud-Ouest » (j’ai réussi à le placer)) vers son aile gauche. En d’autres termes, ce ne sont pas des erreurs ponctuelles allemandes qui sont cause de l’échec sur la Marne, pas plus que l’intervention du destin, c’est une défaillance structurelle de l’OHL, pourtant référence professionnelle de son époque, incapable de s’adapter efficacement à une situation changeante, alors que du côté français et singulièrement de Joffre, on fait preuve au contraire, « de manière empirique, d’une bien meilleure gestion opérationnelle », malgré, là aussi, d’évidentes erreurs d’appréciation qu’il ne faut pas ignorer.

Force est de constater que la démonstration est efficace. La bataille, si décisive pour la suite de la guerre, est ici résolument vue « d’en haut », interrogeant les mécanismes de décision des état-majors, leurs blocages et leurs limites, remis en contexte des évolutions profondes – si pas toujours conscientes – de « l’art de la guerre » en une phase pouvant être qualifiée de « proto-opératique ». Il est évident qu’une centaine de pages (agrémentées d’une belle illustration centrale) n’épuisent pas la question ni ne permettent un niveau de détail tactique que l’on trouvera par ailleurs dans d’innombrables ouvrages, anciens ou plus récents, consacrés à la bataille et qu’un tel reproche serait assez injuste. Son grand intérêt est justement sa problématique originale, à laquelle l’auteur, qualité somme toute assez rare, se tient sans se disperser, et qui invite à redécouvrir l’épisode, sa genèse, son contexte et ses acteurs avec un œil neuf.

Ferreira (S), La Marne, une victoire opérationnelle, 5-12 septembre 1914, coll. Illustoria, Lemme Edit, 114pp. ISBN 978-2-917575-62-8

 

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Cochet / Porte : Histoire de l’Armée française 1914 – 1918

L’Histoire de l’Armée française de François Cochet et Rémy Porte fera tout à la fois date et partie des ouvrages que l’on retiendra prioritairement parmi la pléthore de productions inégales générées par les quatre années de commémoration du centenaire de la Grande guerre.

Alors que les approches historiographiques récentes, pour légitimes qu’elles soient, tendent à s’émietter, à englober, et/ou à se décrocher du fait militaire proprement dit pour ne voir dans la guerre qu’une sorte de contexte figé et quelque peu monolithique (« les tranchées »), et dans ses acteurs, directs ou indirects, avant tout des victimes d’un phénomène immanent, l’ouvrage propose de revenir au phénomène combattant proprement dit et de combler une vraie lacune; celle d’une véritable synthèse moderne de l’appareil militaire français et de son évolution,  dans un cadre strictement circonscrit à ces quatre années de « mort de masse » où il connaît une profonde et unique révolution de ses structures, de ses pratiques et de ses représentations. « L’armée victorieuse de novembre 1918 a davantage de traits communs avec celle de la fin du XXe siècle qu’avec celle qui était entrée en campagne quatre ans plus tôt » rappellent ainsi utilement les auteurs dès l’introduction.

Les cadres et les institutions, l’organisation, les hommes, le matériel, les armes et services, les doctrines ainsi que leurs évolutions entre 1914 et 1918, tous les aspects – sans oublier les questions spécifiques à la Marine et à l’Aéronautique – sont tour à tour remarquablement synthétisés sans lourdeur ni complexité technique propre à décourager le « profane », puisant, au contraire, là où il le faut, les exemples précis donnant du corps et de l’âme à l’analyse. Les questions du  commandement et ses évolutions, de la discipline et de l’obéissance, sont en particulier longuement et finement analysées, très loin des clichés figeant, là aussi, « le soldat » ou la « caste des officiers » dans des représentations monolithiques sacralisées ou honnies. L’un des nombreux mérites et intérêts de l’ouvrage est d’ailleurs, en général, de montrer s’il en était besoin que, pas plus que pour d’autres institutions ou sociétés particulières, la société militaire, qui plus est celle de 1914-1918 se confondant largement avec l’ensemble de la nation, ne saurait être perçue et analysée comme un ensemble unique aux comportements figés mais évolue au contraire de façon considérable tout en présentant une infinie variété de réalités et de situations différentes.

Une synthèse de référence sur un sujet souvent trop « technicisé » ou, à l’inverse, un peu écarté et brossé à trop gros traits.

Cochet (F) et Porte (R), Histoire de l’Armée française 1914-1918, Tallandier, 2017, 520pp

 

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Forces armées africaines : un ouvrage unique en autoédition

Laurent Touchard, chercheur indépendant  anciennement en charge des questions de défense à Jeune Afrique, actuellement « tenancier » du blog CONOPS, et déjà auteur de plusieurs études saluées et en libre accès telle que l’analyse des capacités de combat de l’Etat islamique, vient de publier le fruit de plusieurs années d’un travail de fourmi d’une ampleur et d’une qualité remarquables. Comparable sous certains aspects à la Military Balance de l’IISS, Forces Armées africaines consacre ses 600 pages exclusivement aux nations du continent africain et à leurs capacités militaires avec un niveau de détail et de profondeur d’analyse sans équivalent. Chaque pays bénéficie, après un très pratique résumé de ses principales forces et faiblesses, d’un descriptif détaillé de ses moyens militaires et de leur organisation, suivi d’un article analytique d’une vingtaine de pages pour les plus importants. L’ouvrage s’adresse autant aux étudiants et aux chercheurs à qui il fournira un outil de travail précieux et unique, qu’aux journalistes ou au public international (il mériterait infiniment une traduction) intéressés par les questions africaines contemporaines et leurs enjeux.

Une initiative à saluer bien bas et à soutenir.

Présentation de l’ouvrage par l’auteur

Pour le commander

 

 

 

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Interlude musical : Cuts and Guts, le cri déchirant des pilotes des Marines dans le Pacifique

L’impressionnant « murderer row » d’Ullithi (Carolines) et son alignement de porte-avions illustrant l’extraordinaire montée en puissance de l’US Navy, fin 1944

Aujourd’hui, et parce qu’ils le valent bien, petit clin d’œil aux porte-avions américains à l’heure des polémiques autour de la dernière génération coûteuse et controversée des « flat tops » nucléaires entamée avec le Gerald R. Ford actuellement en essais.

Voici donc Cuts and Guts, un chant des aviateurs de l’USMC (le corps des Marines; Greg « papy » Boyington, vous connaissez ?) dans le Pacifique pendant la 2e guerre mondiale. Pour peu qu’on comprenne l’anglais (mais le texte perdrait sa sonorité particulière à la traduction), le ton est rapidement donné : Entassés à 20 ou 30 chasseurs sur de petits porte-avions d’escorte (CVE) assemblés à la hâte par dizaines, parfois à partir de la coque de vieux cargos, tenant la mer par l’opération de la Providence et au pont d’envol évidemment des plus limité, les pilotes des Marines y jalousent le « confort » de leurs collègues de l’Air Force basés à terre ou de la Navy montés sur leur « big flat tops », véritables « rois » des mers aux mensurations autrement plus impressionnantes.

La promesse finale est, une fois le compte du Japon réglé, de revenir eux-mêmes couler les coques de noix sus-mentionnées. Ce sera d’ailleurs inutile, la plupart de ces navires ayant rendu d’immenses bien que discrets services à la fois dans le Pacifique et dans l’Atlantique, seront désarmés, mis en réserve, voire reconvertis en cibles flottantes peu après la fin de la guerre.

Refrain:
Cuts and guts, cuts and guts
The guys that make carriers are nuts. Are nuts!
Cuts and guts, cuts and guts
The guys that make carriers are nuts

uss lunga point cve 94

1:
Navy fliers fly off the big carriers
Army fliers aren’t seen oe’r the sea
But we’re in the lousy Marine Corps
So we get these dang CVE’s!

2:
O Midway has thousand-foot runways
And Leyte, eight hundred and ten
We’d still not have much of a carrier
With two of ours laid end to end

3:
Our catapult shots are so hairy,
Our catapult gear is red hot
It never goes off when you’re ready,
It always goes off when you’re not!

4:
We envy the boys on the big ones.
And we’d trade in a minute or two,
‘Cause we’d like to see those poor bastards
Try doing the things we do!

5:
Some day when this fracas is over
And back at El Toro we’ll be,
We’ll load up with rockets and napalm
And we’ll sink every damned CVE!

A gauche, le « Big E », l’USS Enterprise (CV-6), porte-avions d’escadre de 21000 tonnes, légende du Pacifique

A droite, l’USS Altamaha, petit porte-avions d’escorte (CVE-18) de 8000 tonnes

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Elle a cessé c’est sûr mais… le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession ?

Mon dernier ouvrage en date en attendant la sortie dans quelques mois et après trois années de travail d’une biographie consacrée au « champion du Nord », Ulysses S. Grant.

Il s’agit là d’un petit essai historique flirtant avec l’uchronie mais sans y entrer véritablement; cherchant, à partir de l’historiographie américaine la plus récente et en quatre chapitres traitant tour à tour du contexte géographique, des équilibres Nord-Sud, du commandement et de la stratégie, et enfin de la contingence événementielle, le tout agrémenté de cartes et d’annexes, à débroussailler les pistes et à apporter un maximum d’éléments d’analyse, laissant in fine le lecteur libre d’apprécier le faisceau des possibles.

Bernard (V), Le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession, Coll. Mystères de Guerre dirigée par Jean Lopez, Economica, 2017. ISBN 978-2-71786916-3

Une belle recension du blog Guerres et conflits 

 

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La guerre du Pacifique (Nicolas Bernard), bis repetita placent

guerre-du-pacifiqueCoupable retard pour signaler la parution il y a quelques mois de La guerre du Pacifique de Nicolas Bernard aux éditions Tallandier. L’auteur de la remarquable synthèse consacrée à la guerre germano-soviétique réédite l’exercice dans une forme (et un succès) comparables, ici pour évoquer la… Guerre du Pacifique.

Celle-ci souffre encore aujourd’hui d’une vision partielle et biaisée malgré quelques ouvrages de qualité parus ces dernières décennies en Français, à l’image des deux volumes (désormais un peu datés il est vrai) de John Costello. A cet égard, le titre retenu pour d’évidentes raisons ne fait pas à notre sens tout à fait justice à une vision modernisée de ce conflit dans sa globalité que la dénomination japonaise de « Grande guerre d’Asie orientale » embrasse sans doute mieux que le « traçage » traditionnel hérité de 1945 et articulant les événements asiatiques comme autant de prolégomènes ou d’extensions annexes du grand « duel » nippo-américain dans le Pacifique.

Au delà de ce petit constat, l’ouvrage est une véritable réussite présentant une véritable tentative d’approche « globale » d’un conflit d’une immense complexité (cf notamment le chapitre « guerre Sainte, guerre raciale » ou les développement concernant la question coloniale), s’appuyant sur les qualités d’érudition, d’analyse fine et de style qui avaient fait le succès mérité de l’opus précédent. La forme de récit est haletante, le style à la fois simple, souple et agréable, tout en s’appuyant sur un (sur)abondant et précis appareil critique et bibliographique de près de 150 pages. On ne se perd pas ici en revanche dans la lourdeur techniques des opérations militaires ou le détail de chiffres trop précis que d’autres ouvrages spécialisés « creuseront » à l’envie, mais on ne laisse de côté aucune dimension différenciant l’authentique synthèse historique de la somme ciblée. L’auteur nous emmène alternativement au ras du sol et au plus haut des cercles de pouvoir et des confins de la Birmanie ou de la Chine aux « classiques » jalons de la reconquête du Pacifique tout en n’hésitant pas à prendre position et à trancher nettement dans les débats les plus vifs, ainsi pour la question de l’usage de la bombe atomique remise en perspective de l’utilisation d’une « simple » arme nouvelle : Pourquoi l’ont-ils utilisée ? « Parce que, techniquement, ils le pouvaient ».

Voilà donc un ouvrage présentant cette qualité fort rare d’être tout à la fois accessible à un vaste lectorat et un outil de travail et de référence précieux pour l’historien. (Encore) un incontournable, peut-être – ampleur et complexité du sujet obligent – un peu moins singulier et « définitif » que le précédent – mais sans aucun doute la meilleure synthèse en Français à ce jour.

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