Il arrive qu’on se trompe, mais pas toujours : deux-trois considérations rapides sur les élections américaines

 us-flag_of_the_united_statesOn a entendu beaucoup de choses et en particulier pas mal de bêtises concernant l’élection américaine ces derniers jours, y compris dans les médias de la part de gens prétendument très informés; ceci aura la vertu (chouette !) de relativiser ses propres limites.

Donc sans prétention mais simplement pour essayer d’éclairer quelques points pouvant paraître légitimement obscurs à certains :

Les élections américaines sont indirectes (les électeurs désignent les grands électeurs qui désignent à leur tour le président) et prennent en compte dans leurs modalités à la fois les états et les populations : il n’y a pas 1 élection nationale mais 51 élections locales juxtaposées (50 Etats + Washington DC)

2016-electoral-2– Chaque état vote indépendamment et le vainqueur y rafle (sauf 2 exceptions) la totalité des sièges de « grands électeurs » dont le nombre varie en fonction de la population. Ces grands électeurs (538 au total) élisent le président dans un second temps (décembre). Celui-ci entamera son mandat fin janvier 2017.

– Le nombre de Grands Électeurs par état, au minimum 3 et au maximum 55 est évolutif et proportionnel à la population mais ne correspond pas exactement aux différences réelles : par exemple le Vermont (650000 habitants) et le Delaware (950000) ont 3GE; le Nebraska a 5 GE pour 2 millions d’habitants, la Virginie 13 GE pour 8,5 millions d’habitants, la Californie 55 GE pour presque 40 millions d’habitants. Injuste et non démocratique ? Chacun se fera une idée, mais la plupart de nos élections, à commencer par les législatives (scrutin majoritaire par circonscription), ne reflètent pas non plus exactement les populations ou les électeurs en proportion.

2016-electoral-1Ceci explique donc aux Etats-Unis la possibilité de remporter l’élection sans avoir la majorité des suffrages au plan national (C’est la 5e fois que ça arrive, la dernière fois en 2000 pour l’élection de Deubeuliou Bush). De la même façon, il est très fréquent qu’un président américain soit élu sans avoir la majorité absolue des votes populaires. Exemple, Abraham Lincoln élu en 1860 avec 40% des voix nationales, ici Trump avec 47%

Pourquoi ces spécificités ? C’est le fruit des compromis originels complexes de la constitution américaine et de la volonté de conserver un équilibre entre les populations et les territoires, évitant par exemple (entre autres considérations, dont le « poids » des esclaves) que les villes écrasent les campagnes sous leur poids électoral. Autrement dit, aussi faiblement peuplé soit-il, ce système garantit à chaque état américain constitutif de l’Union (le nom « Etats-Unis » n’est pas là pour faire joli) d’avoir voix au chapitre en tant que tel. (Autre exemple, chaque Etat a 2 sénateurs, quelle que soit sa taille).

Le meilleur pour la fin : « Techniquement », Hillary Clinton « pourrait » encore être élue, mais ça n’arrivera pas. Pas à cause de son avance en termes de votes populaires qui n’entre pas en ligne de compte, mais par les grands électeurs. En effet, rien ne les oblige vraiment, si ce n’est des amendes ou des peines légères dans certains états, à suivre le vote populaire. Mais au delà du mécanisme, cela n’arrivera jamais : C’est évidemment très mal vu et on ne compte qu’une dizaine de cas de « rogue » ou « faithless electors » dans toute l’histoire américaine; ici, il en faudrait quarante d’un seul coup, quarante Républicains d’états ayant voté Républicain votant pour Hillary Clinton ? Rasseyez-vous, cela n’arrivera pas*.

– Pour ceux qui « craignent » l’élection de Trump au point d’oser certaines comparaisons aussi hâtives que déraisonnables, sachez que les institutions américaines sont extrêmement solides et les pouvoirs présidentiels très, très encadrés, jusqu’à un possible « empeachment » (dégagement forcé à coup de pied symbolique quelque part) en cas de vrais dérapages intempestifs (cela n’est jamais arrivé mais plusieurs présidents ont senti passer le vent du boulet, comme un certain Bill Clinton)

Pour le reste, wait and see.

  • Ajout du 17/11/16 : Après examen plus approfondi de l’histoire du collège électoral américain suite à la rédaction de ce bref article (comme quoi on n’a jamais fini d’apprendre !), il s’avère que le nombre de cas de « Faithless electors » est plus important qu’annoncé initialement. Cf. un article consacré au sujet par Libération ce jour. Au total, pour une raison ou une autre, ce sont plus de 150 votes de grands électeurs qui n’auront jusqu’ici pas été conformes au serment initial, mais dans des circonstances très diverses : environ la moitié sont dus au décès d’un candidat entre l’élection populaire et celle du collège électoral, et donc d’un refus de reporter le vote sur un nouveau nom. D’autres cas portent sur la nomination du vice-président, et non du président, d’autres se traduisent par une simple abstention et quelque-uns peuvent être imputés à une erreur de vote. Au total, ce sont environ 80 grands électeurs qui auront en un peu plus de deux siècle voté véritablement et ostensiblement « contre » le ticket choisi par les électeurs de leur Etat. Depuis 2000, on compte seulement une abstention de protestation et une « erreur » anonyme ayant d’ailleurs conduit le Minnesota à renforcer sa législation évitant la « trahison » du vote populaire. La conclusion reste donc la même : bien que « techniquement » possible, le retournement du collège électoral en faveur d’Hillary Clinton est quasiment inenvisageable autant en termes pratiques que strictement politiques.  
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Ku Klux Klan

KKKQui ne connait le sordide sigle KKK et la foule d’images associées à la société secrète du suprématisme blanc américain, de la croix enflammée aux tenues blanches caractéristiques en passant par les titres ronflants d’une hiérarchie pseudo-chevaleresque, et, bien sûr, les épouvantables lynchages qui ont pendant des décennies ensanglanté l’histoire de l’Amérique dite « profonde ». Le « Klan », à la fois partout et nulle part, a nourri quantité de fantasmes jusqu’à aujourd’hui. Il suffit de citer une célèbre marque de cigarettes américaine pour constater l’ampleur des légendes urbaines qui tournent autour de ce nom aux « origines… longtemps restées mystérieuses » et donnant lieu « durant des générations aux explications les plus fantaisistes ».

ca. 1965, USA --- Ku Klux Klan Meeting. --- Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

ca. 1965, USA — Ku Klux Klan Meeting. — Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Ce n’est que le premier mérite de Farid Ameur, spécialiste du XIXe siècle américain qui nous a récemment crédité de plusieurs synthèses remarquées (La guerre de sécession aux PUF, Gettysburg chez Tallandier ou encore Sitting Bull réédité en Texto), que de nous apprendre dès les premières pages de son ouvrage que le nom savamment « marketé » du KKK est dérivé du grec Kuklos (cercle) transformé pour l’entourer du plus grand mystère possible. La performance n’est pas mince de nous offrir en un format aussi ramassé d’à peine plus de 200 pages un récit de référence aussi clair, précis et équilibré – sans se perdre ni dans le détail ni dans le pathos simplificateur – de l’histoire complexe et agitée du Klan et de son organisation. L’histoire « des Klan » en réalité, depuis celui d’origine, éphémère, fondé par un groupe de sudistes au lendemain de la Guerre de sécession pour terroriser les Noirs récemment affranchis et contrer la « reconstruction », jusqu’à la marque réapparue au XXe siècle et reflétant les aléas d’une histoire américaine agitée, laissant aujourd’hui encore, malgré un profond déclin et un violent discrédit auprès de l’immense majorité de la population, « l’Empire invisible » comme fer de lance symbolique de l’ultra droite puritaine et raciste.

Ameur (F), Le Ku Klux Klan, Pluriel, 2016

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Citation du jour : Général Marshall, le temps contre le sang

Portrait: US Army (USA) General (GEN) George C. Marshall. (Uncovered), (Exact date shot UNKNOWN).

« La période [1939-1943] fut un temps de grand danger pour les États-Unis. L’élément sur lequel a le plus reposé la sécurité de cette nation fut le temps – le temps d’organiser nos immenses ressources et le temps de les déployer outremer dans une guerre de dimension mondiale. Ce temps nous fut donné par le refus héroïque des peuples soviétiques et britanniques de céder face aux puissants coups portés par les forces de l’Axe. Ils ont acheté pour nous ce temps au prix de leur courage et de leur sang. Il y a deux ans notre marge de sécurité était encore précaire mais le moment est rapidement venu où nous avons été prêts à traiter avec nos ennemis dans les seuls termes qu’ils comprennent : une puissance écrasante ».

Général George C. Marshall, chef d’état-major de l’armée des Etats-Unis, 1er septembre 1945

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A propos du système de grades dans l’armée américaine (XIXe siècle)

Custer, étoile de general au col, insigne de lieutenant-colonel à l'épaule

Custer, étoile de general au col, insigne de lieutenant-colonel à l’épaule

Lorsqu’on se plonge dans l’histoire militaire américaine, et nous nous limiterons ici à celle du XIXe siècle, on se heurte vite à un système de grade complexe pouvant facilement être trompeur car pouvant associer pour un même officier plusieurs grades simultanés ou successifs d’apparence incohérents. Comment se peut-il, par exemple, que le général Custer, célèbre pendant la guerre de Sécession, soit seulement le lieutenant-colonel Custer tué à Little Big Horn en 1876, plus de dix ans après sa fin ? Pourquoi le général Lee arbore t-il sur la plupart des photos et gravures trois étoiles au col de son uniforme, indiquant un rang de simple colonel ?

Aux Etats-Unis à cette époque, un officier peut détenir jusqu’à trois grades distincts :

  • Dans la milice d’état (organisée localement et individuellement par chacun des états)
  • Dans l’armée dite « volontaire » ou plus tard « nationale » (créée à partir des milices ou par volontariat direct, et confiée en temps de « grande » guerre au gouvernement fédéral)
  • Dans l’armée régulière (laquelle est très limitée – 16500 hommes en 1860 – mais permanente et professionnelle)

En outre, et c’est là que les choses se compliquent plus encore, chaque grade peut être doublé d’un autre obtenu par « brevet », c’est à dire à titre provisoire, conféré en récompense d’états de service (Lee en obtient trois successifs au Mexique, Grant deux) ou de façon plus pragmatique et fonctionnelle, pour permettre à un officier trop peu gradé d’avoir le titre nécessaire pour occuper un poste supérieur (par exemple pour confier à un simple colonel la fonction de payeur général). Ce système, dont il existe des équivalents plus ou moins comparables ailleurs, est particulièrement développé aux Etats-Unis entre la Révolution de 1776 et la fin du XIXe siècle, ou il est supplanté par des remises de décorations. Ces grades par brevet sont révocables, et non propriété de leur titulaire comme le sont les grades dits « pleins », et n’offrent qu’assez peu d’avantages autres qu’honorifiques, sauf s’ils sont assortis d’une fonction donnant droit à la solde correspondante. Quoi qu’il en soit, un « breveté » est toujours à rang égal supplanté par un « plein », comme un « volunteer » par un « regular ».

custer brevetEn pratique, il n’est pas rare qu’un officier américain possède trois ou quatre grades différents; on le désigne alors par le grade le plus élevé détenu à ce moment. La révocation d’un brevet (ou sa disparition de fait dans le cas, par exemple, de la démobilisation de l’armée volontaire entre 1865 et 1867) le ramène donc à son grade « confirmé » le plus élevé. Le cas de George Armstrong Custer cité en exergue est assez emblématique du système : Sorti sous-lieutenant (et d’ailleurs bon dernier) de la promotion 1861 de West Point, Custer a quatre ans plus tard, avec des états de service exceptionnels dans la cavalerie de l’Union, trois grades distincts : lieutenant-colonel « permanent » et brigadier-général par brevet dans l’armée régulière ; mais aussi major-général dans l’armée volontaire. C’est à ce dernier titre qu’on évoque donc le « général Custer » de cette époque mais au premier que, une décennie plus tard, il est tué à Little Big Horn à la tête d’une partie du 7e de cavalerie. Un autre exemple fameux est celui d’US Grant qui, ex capitaine démissionnaire de l’armée régulière, reprend du service en 1861 comme colonel dans la milice de l’Illinois. Quatre ans plus tard, ses états de service sans équivalent lui ont valu le grade, alors le plus élevé, de lieutenant-général dans les deux armées, et ce à titre définitif dont le caractère « plein » est confirmé dans l’armée régulière peu après la fin de la guerre.

A noter que les Confédérés copient globalement ce système, créant un noyau d’armée permanente (Army of the Confederate States) à côté de l’armée volontaire (Provisionnal Army). « Stonewall » Jackson est ainsi à sa mort seulement major d’artillerie dans la première, mais lieutenant-general dans la seconde. Joseph Pemberton, ancien major de l’armée régulière, lieutenant-general confédéré et vaincu à Vicksurg en 1863, démissionne de son grade et se verra conférer une nouvelle « commission », mais cette fois de simple lieutenant-colonel d’artillerie. Quant à Robert E. Lee, encore seulement capitaine de l’armée régulière américaine au bout de plus de 25 ans de service, il est colonel par brevet, nommé colonel « plein » juste avant sa démission de 1861, puis major-général dans l’armée de Virginie, brigadier général puis général « plein » (équivalent à quatre étoiles) dans l’armée confédérée.

réplique lee

Réplique de l’uniforme de Lee à Appomattox

Pourquoi, alors, Lee n’arbore t-il généralement que les trois étoiles « nues » de colonel ? On a beaucoup écrit qu’il s’agissait là d’une traduction de sa légendaire modestie, et d’un voeu de n’accepter le généralat qu’à la victoire. On peut également penser que pour ce « vieux soldat » très attaché aux prérogatives de l’armée régulière et ayant fait sécession à contrecœur, c’était sans doute une façon de ne donner crédit qu’à son rang officiel de soldat professionnel au milieu de myriades de généraux « de circonstances ».

Il semble toutefois qu’il ait fait une exception à Appomattox, son dernier grand uniforme ayant eu le col rehaussé de l’insigne de général, vraisemblablement pour se montrer au même niveau que son adversaire victorieux.

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L’expédition française aux Dardanelles, Sylvain Ferreira

Dardanelles« Les fêtes aux escargots, j’en n’ai raté qu’cinq dans ma vie: les années 14, 15, 16, 17, 18. Quand c’était qu’j’étais aux Dardanelles, et pis qu’aux Dardanelles y’avait pas d’escargots. J’suis allé plus loin qu’Verdun et la Somme, moi ! J’ai pas fait une guerre eud’ fainéant ! »

L’impérissable réplique de Jean-Marie Péjat (alias Jean Gabin) grâce au talent de Michel Audiard dans les Vieux de la Vieille (1960) nous rappelle, avec quelque outrance et un peu de légèreté factuelle l’existence de cet épisode terrible que fut la campagne des Dardanelles. Pour en savoir bien plus au sujet de l’engagement parfois oublié aux côté des Britanniques et des ANZAC de 79000 « Dardas » français, on se jettera sur ce petit ouvrage de Sylvain Ferreira dans la belle collection Illustoria de Lemme Edit qui a pour ambition d’offrir en une centaine de page de rédaction et un solide cahier d’illustration des synthèses irréprochables sur des points d’histoire particuliers.

Le fictif Jean-Marie Péjat et ses camarades bien réels n’y auront certes pas passé cinq « fêtes aux escargots » consécutives : entre les premières opérations navales en février 1915 et l’évacuation du dernier détachement français le 9 janvier 1916, il se sera passé moins d’un an. S’ouvre alors la seconde phase de la campagne d’Orient sur le front de Salonique, qui jouera un rôle majeur dans l’effondrement des alliés de l’Allemagne en 1918. Période terrible en attendant que ces quelques mois de campagne aux Dardanelles et cette tentative désespérée pour s’accrocher aux rivages turcs dans l’espoir d’ouvrir les détroits et de ravitailler les Russes par la Mer Noire; tentative où les Français participent, une fois n’est pas coutume dans ce conflit, en tant que « brillants seconds » aux côtés des Britanniques et des fameux ANZAC. Cet échec tragique débute par la désastreuse tentative de forcer les détroits, fort bien décrite en détail dans l’ouvrage et où la marine française perd notamment le vieux cuirassé Bouvet, et se poursuit par « l’opération combinée » voulue par Churchill où pas moins de 47000 « Dardas », du Corps Expéditionnaire d’Orient du général d’Amade, 60% des effectifs paieront l’épreuve dans leur chair : 9700 tués et disparus, 20000 morts de maladie et 17300 blessés.

L’ouvrage témoigne d’un grand sens de la synthèse, permettant une appréhension la fois par le haut et le sol d’une opération combinée complexe. Sylvain Ferreira nous brosse à grands – mais pas gros – traits les péripéties des opérations et des projets en constante évolution en s’appuyant abondamment et très directement sur les documents et ce jusqu’au « seul succès de la campagne… – à l’exception de la diversion française sur Koum Kalé le 25 avril » insiste t-il – le rembarquement final au nez et à la barbe des Turcs.

Une belle référence donc, à la fois solide et accessible sur cette participation française sous direction britannique assez méconnue.

  • Sylvain Ferreira, L’expédition française aux Dardanelles, Lemme Edit – Illustoria, 2016, 110pp + cahier d’illustration 16 pages.
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Encyclopédie de la Seconde guerre mondiale (Muracciole / Piketty)

Encyclo 2GMFaisant comme si de rien n’était après une absence de mise à jour de trois mois du blog et profitant d’une brève prise d’air après plusieurs semaines en apnée, je signale la parution récente d’une très belle Encyclopédie de la Seconde guerre mondiale. L’ouvrage est publié conjointement par les éditions Robert Laffont et le Ministère de la Défense dans la superbe collection Bouquins* sous la direction des professeurs Jean-François Muracciole et Guillaume Piketty.

On m’a pour l’occasion fait l’honneur de me solliciter pour y intervenir au sein d’un très impressionnant (pour ne pas dire intimidant) panel de plus de 160 historiens internationaux de tous horizons et toutes spécialités, à commencer entre de nombreux autres, par Richard Overy, François Cochet, Christian Delage, Laurent Henninger, Julie Le Gac ou encore Nicolas Werth. Vous y retrouverez également Nicolas Pontic, rédacteur en chef du magazine 2e Guerre Mondiale avec lequel je collabore très régulièrement.

Je contribue donc modestement à ce bel ouvrage ayant l’ambition en 1500 pages de synthétiser et transmettre à l’occasion du 70e anniversaire de la fin de la guerre les dernières évolutions de la recherche dans le domaine (et elles ont été nombreuses ces dernières années !), ceci au travers de 18 notices individuelles (dont Isoroku Yamamoto et les principaux responsables militaires japonais, Chandra Bose, ou encore Reinhard Heydrich) ainsi qu’une entrée thématique de fond consacrée au journalisme et aux correspondants de guerre.

Que mon ami Nicolas Pontic soit ici publiquement, un peu tardivement mais très chaleureusement remercié pour avoir proposé mon nom pour être associé à cette belle entreprise, de même que les directeurs d’ouvrage pour leur confiance et leur sympathie. Que tous soient félicités pour avoir conduit à son terme et de si belle manière un projet aussi ambitieux qu’utile et titanesque, offrant au plus large public une référence moderne incomparable.

Jean-François Muracciole & Guillaume Piketty (dir.), Encyclopédie de la Seconde guerre mondiale, Robert Laffont / Min. Déf., Bouquins, 2015, 1504pp, 34€ – ISBN 2-221-11632-1

  • Celle de la remarquable traduction française de Battlecry of Freedom (J. Mc Pherson); à titre personnel, la mention se suffit à elle-même. 

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Citation du jour : La guerre ? Simple comme un coup de fil…

Grant-1863« L’art de la guerre est assez simple. Trouvez où est votre ennemi. Rejoignez le aussi vite que possible. Frappez le aussi fort et aussi souvent que vous le pouvez, et poursuivez votre route. »

Ulysses S. Grant

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L’été sous le signe du Front de l’Est et de Armée rouge

LDFHS25_zpst2riwukuUn peu tardivement (c’est une tradition locale), je signale la présence en kiosque actuellement de deux vénérables mais toujours très verts magazines des éditions Caraktère auxquels j’ai contribué cet été, et qui mettent tout particulièrement en valeur le front de l’Est 1941-1945.

Tout d’abord le 25e numéro hors-série de Ligne de Front, intitulé Guide de l’Armée rouge, que j’ai eu le plaisir de rédiger intégralement et qui tente en une centaine de pages et une douzaine de petits chapitres de dresser un portrait global et synthétique des forces soviétiques de la 2e guerre mondiale, leur organisation, matériels et d’une façon générale leurs principaux traits spécifiques.

bb68-grandePar ailleurs, rendez-vous dans le numéro 68 de Batailles & Blindés pour un focus sur les affrontements de Ponyri en juillet 1943. Ponyri ? Késako ? Il s’agit  tout simplement du point d’orgue des affrontements sur la flanc nord de la grande offensive de Koursk, où la 9e armée allemande de Model se trouve incapable de percer malgré une semaine de combats acharnées, du fait de la résistance acharnée de la 13e armée soviétique du général Pukhov. Un épisode beaucoup moins célèbre que le fameux engagement blindé de Prokhorovka et qui pourtant joue un rôle majeur dans l’échec de l’offensive d’été allemande, jusqu’à être parfois qualifié de « Stalingrad de Koursk« .

A noter également dans ce numéro décidément très « Ostfront » la 2e partie d’une étude sur la bataille de Moscou, mais aussi un article consacré à la brigade tchécoslovaque sur le front Ouest, un autre sur l’engagement de Singling (surnommé de façon évocatrice le « nid de guèpes »), ou encore un focus sur les matériels modernes de la Bundeswehr.

LDF43.indbPar ailleurs, je signale, toujours dans le cadre des nombreuses études actuelles sur l’Ostfront, que le numéro 57 de Ligne de Front (je n’y ai cette fois pas contribué) vient de sortir également. Avec un dossier de couverture consacré à la bataille du Dniepr et une intéressante mise au point d’Alexandre Thers consacrée au vieux débat – que l’on pensait clos – autout du fameux mythe du « brise-glace », à savoir le prétendu projet de Staline de prendre le Reich de vitesse en attaquant en 1941.

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« Black confederates » : des noirs dans les armées sudistes pendant la guerre de Sécession ?

Photo emblématique des

Photo emblématique des « Confédérés noirs… »

Petite remise en jambe d’été avec une question dont je constate depuis plusieurs mois l’étonnante récurrence dès qu’il est question de guerre de Sécession et d’esclavage : le mythe des soldats confédérés noirs, brandi par certains comme une preuve que la lutte des états sécessionnistes n’était décidément pas tant en lien avec l’esclavage qu’avec le patriotisme et le droit des états puisque, « comprenez vous », les noirs eux-mêmes étaient solidaires de la « cause ».

Disons le tout net, les causes et les racines de la Guerre de sécession sont assez complexes comme ça, et il s’agit ici d’un mythe qui, comme la plupart des mythes, hypertrophie néanmoins un soupçon de réalité pour mieux coller à une interprétation fortement biaisée de la guerre civile américaine. Ce mythe des « Confederate Blacks » a toutefois le mérite d’interroger sur une vraie question riche et complexe, celle de l’implication des noirs, volontaires ou contraints, dans l’effort de guerre confédéré ainsi que leur intégration dans la société sudiste, question que les simplifications outrancières et caricaturales de ces dernières années tendent à gommer comme en témoigne « l’hystérie » atteinte parfois ces dernières semaines aux Etats-Unis par la campagne anti « symboles sudistes » ayant suivi la tragédie  de Charleston.

... et sa version d'origine non truquée. Sans commentaire. L'unité a cependant bien existé sous commandement sudiste, une exception.

… et sa version d’origine non truquée, en compagnie de leur officier aussi incontestablement blanc que « yankee »

Qui sont donc ces « Black confederates » dont quelques bribes de témoignages décontextualisés et surexploités ou quelques cas aussi rares qu’emblématiques tentent de donner l’illusion d’un phénomène de masse ? Résumons donc rapidement la question : les Afro-américains combattant les armes à la main dans les rangs de la confédération constituent, dans le meilleur des cas, une minuscule poignée d’individus et ce dans des contextes singuliers; quelques rarissimes noirs « libres » (ils sont 250000 au Sud en 1860 pour 4 millions d’esclaves), socialement intégrés et parfois possesseurs d’esclaves eux-mêmes (aspects complexes et méconnus de la société sudiste) qui ont pu localement se comporter solidairement de leur communauté d’appartenance, tout comme certains esclaves montreront une fidélité « familiale » indéniable envers leurs maîtres. Au delà, et à l’inverse des 175 régiments et des 185000 noirs ayant combattu dans les armées nordistes (en grande majorité des anciens esclaves libérés ou en fuite puisque le Nord ne compte lui non plus en 1860 pas plus de 250000 noirs libres) les seules unités noires sudistes constituées font très pâle figure et apparaissent dans des contextes très précis et particuliers :

  • Le 1st Louisiana Native Guards, un régiment de milice composé par des membres de la communauté noire libre installée à la Nouvelle Orléans parfois depuis le début du XVIIIe siècle, se porte volontaire en 1861. Les autorités l’acceptent avec réticence et il fera pendant un an un service de représentation. L’armée confédérée refuse cependant de l’utiliser au front. Lorsque les Nordistes prennent la ville, l’unité change de camp et offre ses services au général Butler, d’abord tout aussi réticent à un emploi au feu. En 1863, le régiment, rejoint par deux autres, intègre les United States Colored Troops et fera campagne dans l’Ouest.
  • Deux compagnies noires sont levées en mars 1865 par le gouverneur de Virginie à Richmond alors même que la Confédération agonise. Elles sont le seul fruit d’une législation confédérée ambigue et tardive prévoyant d’armer 300000 esclaves pour compenser le déficit numérique de ses armées. Passé de justesse grâce au poids « moral » du général Lee mais violemment combattu par nombre de Sudistes, ce texte n’aura pas d’autres suites, faute de volonté et de temps. Les deux compagnies noires dont l’existence ne dépasse pas quelques jours ne verront d’ailleurs jamais le feu.
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Marlboro Jones, icone des « black confederates » qui auraient pris fait et cause pour le Sud. En réalité, le domestique en campagne de son maître, Randal Jones, officier du 7e de cavalerie georgien.

Et… c’est à peu près tout. Qui sont alors les « dizaines de milliers de sudistes noirs » ayant prétendument servi dans les armées confédérées, antienne répétée à l’envi par une certaine littérature ? Ces invisibles sont des esclaves, dans leur immense majorité, « privés » ou « publics » : ceux ayant accompagné leurs maitres au camp comme serviteurs d’abord, comme c’est par exemple le cas de Robert E. Lee, accompagné par au moins deux esclaves (affranchis en 1862-63) d’Arlington, ainsi que son fils, conseiller de la présidence à Richmond, et ayant pour ordonnance le jeune Billy Taylor, lui aussi d’Arlington. Ceux ensuite, ayant été réquisitionnés, achetés ou loués par l’administration  pour accomplir diverses tâches au service de l’armée, comme la construction de baraquements, de retranchements, le transport des vivres ou l’entretien des voies ferrées. Beaucoup, dès qu’ils en auront l’occasion, gagneront les lignes nordistes, d’abord comme « contrebandes », puis comme auxiliaires des armées du Nord, à des tâches guère plus gratifiantes au demeurant que pour leurs anciens maîtres. Un grand nombre s’engagera dans les régiments de l’USCT.

Et je m’arrêterai là pour aujourd’hui. Pour avancer un peu sur cette question, on pourra commencer par se reporter à la page consacrée au sujet par l’excellente Encyclopedia Virginia ou en français cette non moins excellente mise au point sourcée du CCFF

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Les Poilus du Sud-Ouest à six mains (ou à trois bouches)

poilus allemaneFaute d’autre mise à jour par manque de temps ces dernières semaines, je profite de quelques instants de répit dominical pour mettre, un peu tardivement, en ligne le lien d’un podcast de la petite conférence-présentation faite à la librairie Mollat le 20 mars 2015 et consacrée aux Poilus du Sud-Ouest, avec la complicité de Josette Perromat et Didier Allemane, présentant quant à eux le Journal d’un mobilisé d’Auguste Allemane.

On me pardonnera les petites sorties de pistes dues à l’enthousiasme d’un échange spontané (Et notamment, oui, je sais : les Basses – Pyrénées). Les extraits du journal lus par Didier Allemane valent en revanche vraiment la peine d’être écoutés. Dommage enfin qu’il y manque les nombreux échanges avec le public qui ont suivi la présentation, mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir.

Podcast Mollat, Josette Allemane-Perromat, Didier Allemane et Vincent Bernard, 20 mars 2015

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