Cochet / Porte : Histoire de l’Armée française 1914 – 1918

L’Histoire de l’Armée française de François Cochet et Rémy Porte fera tout à la fois date et partie des ouvrages que l’on retiendra prioritairement parmi la pléthore de productions inégales générées par les quatre années de commémoration du centenaire de la Grande guerre.

Alors que les approches historiographiques récentes, pour légitimes qu’elles soient, tendent à s’émietter, à englober, et/ou à se décrocher du fait militaire proprement dit pour ne voir dans la guerre qu’une sorte de contexte figé et quelque peu monolithique (« les tranchées »), et dans ses acteurs, directs ou indirects, avant tout des victimes d’un phénomène immanent, l’ouvrage propose de revenir au phénomène combattant proprement dit et de combler une vraie lacune; celle d’une véritable synthèse moderne de l’appareil militaire français et de son évolution,  dans un cadre strictement circonscrit à ces quatre années de « mort de masse » où il connaît une profonde et unique révolution de ses structures, de ses pratiques et de ses représentations. « L’armée victorieuse de novembre 1918 a davantage de traits communs avec celle de la fin du XXe siècle qu’avec celle qui était entrée en campagne quatre ans plus tôt » rappellent ainsi utilement les auteurs dès l’introduction.

Les cadres et les institutions, l’organisation, les hommes, le matériel, les armes et services, les doctrines ainsi que leurs évolutions entre 1914 et 1918, tous les aspects – sans oublier les questions spécifiques à la Marine et à l’Aéronautique – sont tour à tour remarquablement synthétisés sans lourdeur ni complexité technique propre à décourager le « profane », puisant, au contraire, là où il le faut, les exemples précis donnant du corps et de l’âme à l’analyse. Les questions du  commandement et ses évolutions, de la discipline et de l’obéissance, sont en particulier longuement et finement analysées, très loin des clichés figeant, là aussi, « le soldat » ou la « caste des officiers » dans des représentations monolithiques sacralisées ou honnies. L’un des nombreux mérites et intérêts de l’ouvrage est d’ailleurs, en général, de montrer s’il en était besoin que, pas plus que pour d’autres institutions ou sociétés particulières, la société militaire, qui plus est celle de 1914-1918 se confondant largement avec l’ensemble de la nation, ne saurait être perçue et analysée comme un ensemble unique aux comportements figés mais évolue au contraire de façon considérable tout en présentant une infinie variété de réalités et de situations différentes.

Une synthèse de référence sur un sujet souvent trop « technicisé » ou, à l’inverse, un peu écarté et brossé à trop gros traits.

Cochet (F) et Porte (R), Histoire de l’Armée française 1914-1918, Tallandier, 2017, 520pp

 

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Forces armées africaines : un ouvrage unique en autoédition

Laurent Touchard, chercheur indépendant  anciennement en charge des questions de défense à Jeune Afrique, actuellement « tenancier » du blog CONOPS, et déjà auteur de plusieurs études saluées et en libre accès telle que l’analyse des capacités de combat de l’Etat islamique, vient de publier le fruit de plusieurs années d’un travail de fourmi d’une ampleur et d’une qualité remarquables. Comparable sous certains aspects à la Military Balance de l’IISS, Forces Armées africaines consacre ses 600 pages exclusivement aux nations du continent africain et à leurs capacités militaires avec un niveau de détail et de profondeur d’analyse sans équivalent. Chaque pays bénéficie, après un très pratique résumé de ses principales forces et faiblesses, d’un descriptif détaillé de ses moyens militaires et de leur organisation, suivi d’un article analytique d’une vingtaine de pages pour les plus importants. L’ouvrage s’adresse autant aux étudiants et aux chercheurs à qui il fournira un outil de travail précieux et unique, qu’aux journalistes ou au public international (il mériterait infiniment une traduction) intéressés par les questions africaines contemporaines et leurs enjeux.

Une initiative à saluer bien bas et à soutenir.

Présentation de l’ouvrage par l’auteur

Pour le commander

 

 

 

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Interlude musical : Cuts and Guts, le cri déchirant des pilotes des Marines dans le Pacifique

L’impressionnant « murderer row » d’Ullithi (Carolines) et son alignement de porte-avions illustrant l’extraordinaire montée en puissance de l’US Navy, fin 1944

Aujourd’hui, et parce qu’ils le valent bien, petit clin d’œil aux porte-avions américains à l’heure des polémiques autour de la dernière génération coûteuse et controversée des « flat tops » nucléaires entamée avec le Gerald R. Ford actuellement en essais.

Voici donc Cuts and Guts, un chant des aviateurs de l’USMC (le corps des Marines; Greg « papy » Boyington, vous connaissez ?) dans le Pacifique pendant la 2e guerre mondiale. Pour peu qu’on comprenne l’anglais (mais le texte perdrait sa sonorité particulière à la traduction), le ton est rapidement donné : Entassés à 20 ou 30 chasseurs sur de petits porte-avions d’escorte (CVE) assemblés à la hâte par dizaines, parfois à partir de la coque de vieux cargos, tenant la mer par l’opération de la Providence et au pont d’envol évidemment des plus limité, les pilotes des Marines y jalousent le « confort » de leurs collègues de l’Air Force basés à terre ou de la Navy montés sur leur « big flat tops », véritables « rois » des mers aux mensurations autrement plus impressionnantes.

La promesse finale est, une fois le compte du Japon réglé, de revenir eux-mêmes couler les coques de noix sus-mentionnées. Ce sera d’ailleurs inutile, la plupart de ces navires ayant rendu d’immenses bien que discrets services à la fois dans le Pacifique et dans l’Atlantique, seront désarmés, mis en réserve, voire reconvertis en cibles flottantes peu après la fin de la guerre.

Refrain:
Cuts and guts, cuts and guts
The guys that make carriers are nuts. Are nuts!
Cuts and guts, cuts and guts
The guys that make carriers are nuts

uss lunga point cve 94

1:
Navy fliers fly off the big carriers
Army fliers aren’t seen oe’r the sea
But we’re in the lousy Marine Corps
So we get these dang CVE’s!

2:
O Midway has thousand-foot runways
And Leyte, eight hundred and ten
We’d still not have much of a carrier
With two of ours laid end to end

3:
Our catapult shots are so hairy,
Our catapult gear is red hot
It never goes off when you’re ready,
It always goes off when you’re not!

4:
We envy the boys on the big ones.
And we’d trade in a minute or two,
‘Cause we’d like to see those poor bastards
Try doing the things we do!

5:
Some day when this fracas is over
And back at El Toro we’ll be,
We’ll load up with rockets and napalm
And we’ll sink every damned CVE!

A gauche, le « Big E », l’USS Enterprise (CV-6), porte-avions d’escadre de 21000 tonnes, légende du Pacifique

A droite, l’USS Altamaha, petit porte-avions d’escorte (CVE-18) de 8000 tonnes

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Elle a cessé c’est sûr mais… le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession ?

Mon dernier ouvrage en date en attendant la sortie dans quelques mois et après trois années de travail d’une biographie consacrée au « champion du Nord », Ulysses S. Grant.

Il s’agit là d’un petit essai historique flirtant avec l’uchronie mais sans y entrer véritablement; cherchant, à partir de l’historiographie américaine la plus récente et en quatre chapitres traitant tour à tour du contexte géographique, des équilibres Nord-Sud, du commandement et de la stratégie, et enfin de la contingence événementielle, le tout agrémenté de cartes et d’annexes, à débroussailler les pistes et à apporter un maximum d’éléments d’analyse, laissant in fine le lecteur libre d’apprécier le faisceau des possibles.

Bernard (V), Le Sud pouvait-il gagner la guerre de Sécession, Coll. Mystères de Guerre dirigée par Jean Lopez, Economica, 2017. ISBN 978-2-71786916-3

Une belle recension du blog Guerres et conflits 

 

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La guerre du Pacifique (Nicolas Bernard), bis repetita placent

guerre-du-pacifiqueCoupable retard pour signaler la parution il y a quelques mois de La guerre du Pacifique de Nicolas Bernard aux éditions Tallandier. L’auteur de la remarquable synthèse consacrée à la guerre germano-soviétique réédite l’exercice dans une forme (et un succès) comparables, ici pour évoquer la… Guerre du Pacifique.

Celle-ci souffre encore aujourd’hui d’une vision partielle et biaisée malgré quelques ouvrages de qualité parus ces dernières décennies en Français, à l’image des deux volumes (désormais un peu datés il est vrai) de John Costello. A cet égard, le titre retenu pour d’évidentes raisons ne fait pas à notre sens tout à fait justice à une vision modernisée de ce conflit dans sa globalité que la dénomination japonaise de « Grande guerre d’Asie orientale » embrasse sans doute mieux que le « traçage » traditionnel hérité de 1945 et articulant les événements asiatiques comme autant de prolégomènes ou d’extensions annexes du grand « duel » nippo-américain dans le Pacifique.

Au delà de ce petit constat, l’ouvrage est une véritable réussite présentant une véritable tentative d’approche « globale » d’un conflit d’une immense complexité (cf notamment le chapitre « guerre Sainte, guerre raciale » ou les développement concernant la question coloniale), s’appuyant sur les qualités d’érudition, d’analyse fine et de style qui avaient fait le succès mérité de l’opus précédent. La forme de récit est haletante, le style à la fois simple, souple et agréable, tout en s’appuyant sur un (sur)abondant et précis appareil critique et bibliographique de près de 150 pages. On ne se perd pas ici en revanche dans la lourdeur techniques des opérations militaires ou le détail de chiffres trop précis que d’autres ouvrages spécialisés « creuseront » à l’envie, mais on ne laisse de côté aucune dimension différenciant l’authentique synthèse historique de la somme ciblée. L’auteur nous emmène alternativement au ras du sol et au plus haut des cercles de pouvoir et des confins de la Birmanie ou de la Chine aux « classiques » jalons de la reconquête du Pacifique tout en n’hésitant pas à prendre position et à trancher nettement dans les débats les plus vifs, ainsi pour la question de l’usage de la bombe atomique remise en perspective de l’utilisation d’une « simple » arme nouvelle : Pourquoi l’ont-ils utilisée ? « Parce que, techniquement, ils le pouvaient ».

Voilà donc un ouvrage présentant cette qualité fort rare d’être tout à la fois accessible à un vaste lectorat et un outil de travail et de référence précieux pour l’historien. (Encore) un incontournable, peut-être – ampleur et complexité du sujet obligent – un peu moins singulier et « définitif » que le précédent – mais sans aucun doute la meilleure synthèse en Français à ce jour.

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Il arrive qu’on se trompe, mais pas toujours : deux-trois considérations rapides sur les élections américaines

 us-flag_of_the_united_statesOn a entendu beaucoup de choses et en particulier pas mal de bêtises concernant l’élection américaine ces derniers jours, y compris dans les médias de la part de gens prétendument très informés; ceci aura la vertu (chouette !) de relativiser ses propres limites.

Donc sans prétention mais simplement pour essayer d’éclairer quelques points pouvant paraître légitimement obscurs à certains :

Les élections américaines sont indirectes (les électeurs désignent les grands électeurs qui désignent à leur tour le président) et prennent en compte dans leurs modalités à la fois les états et les populations : il n’y a pas 1 élection nationale mais 51 élections locales juxtaposées (50 Etats + Washington DC)

2016-electoral-2– Chaque état vote indépendamment et le vainqueur y rafle (sauf 2 exceptions) la totalité des sièges de « grands électeurs » dont le nombre varie en fonction de la population. Ces grands électeurs (538 au total) élisent le président dans un second temps (décembre). Celui-ci entamera son mandat fin janvier 2017.

– Le nombre de Grands Électeurs par état, au minimum 3 et au maximum 55 est évolutif et proportionnel à la population mais ne correspond pas exactement aux différences réelles; chacun disposant au minimum d’un Grand électeur par sénateur (2) et au moins 1 pour sa population, aussi faible soit-elle : par exemple le Vermont (650000 habitants) et le Delaware (950000) ont 3GE; le Nebraska a 5 GE pour 2 millions d’habitants, la Virginie 13 GE pour 8,5 millions d’habitants, la Californie 55 GE pour presque 40 millions d’habitants. Injuste et non démocratique ? Chacun se fera une idée, mais la plupart de nos élections, à commencer par les législatives (scrutin majoritaire par circonscription), ne reflètent pas non plus exactement les populations ou les électeurs en proportion.

2016-electoral-1Ceci explique donc aux Etats-Unis la possibilité de remporter l’élection sans avoir la majorité des suffrages au plan national (C’est la 5e fois que ça arrive, la dernière fois en 2000 pour l’élection de Deubeuliou Bush). De la même façon, il est très fréquent qu’un président américain soit élu sans avoir la majorité absolue des votes populaires. Exemple, Abraham Lincoln élu en 1860 avec 40% des voix nationales, ici Trump avec 47%

Pourquoi ces spécificités ? C’est le fruit des compromis originels complexes de la constitution américaine et de la volonté de conserver un équilibre entre les populations et les territoires, évitant par exemple (entre autres considérations, dont le « poids » des esclaves) que les villes écrasent les campagnes sous leur poids électoral. Autrement dit, aussi faiblement peuplé soit-il, ce système garantit à chaque état américain constitutif de l’Union (le nom « Etats-Unis » n’est pas là pour faire joli) d’avoir voix au chapitre en tant que tel. (Autre exemple, chaque Etat a 2 sénateurs, quelle que soit sa taille).

Le meilleur pour la fin : « Techniquement », Hillary Clinton « pourrait » encore être élue, mais ça n’arrivera pas. Pas à cause de son avance en termes de votes populaires qui n’entre pas en ligne de compte, mais par les grands électeurs. En effet, rien ne les oblige vraiment, si ce n’est des amendes ou des peines légères dans certains états, à suivre le vote populaire. Mais au delà du mécanisme, cela n’arrivera jamais : C’est évidemment très mal vu et on ne compte qu’une dizaine de cas de « rogue » ou « faithless electors » dans toute l’histoire américaine; ici, il en faudrait quarante d’un seul coup, quarante Républicains d’états ayant voté Républicain votant pour Hillary Clinton ? Rasseyez-vous, cela n’arrivera pas*.

– Pour ceux qui « craignent » l’élection de Trump au point d’oser certaines comparaisons aussi hâtives que déraisonnables, sachez que les institutions américaines sont extrêmement solides et les pouvoirs présidentiels très, très encadrés, jusqu’à un possible « empeachment » (dégagement forcé à coup de pied symbolique quelque part) en cas de vrais dérapages intempestifs (cela n’est jamais arrivé mais plusieurs présidents ont senti passer le vent du boulet, comme un certain Bill Clinton)

Pour le reste, wait and see.

  • Ajout du 17/11/16 : Après examen plus approfondi de l’histoire du collège électoral américain suite à la rédaction de ce bref article (comme quoi on n’a jamais fini d’apprendre !), il s’avère que le nombre de cas de « Faithless electors » est plus important qu’annoncé initialement. Cf. un article consacré au sujet par Libération ce jour. Au total, pour une raison ou une autre, ce sont plus de 150 votes de grands électeurs qui n’auront jusqu’ici pas été conformes au serment initial, mais dans des circonstances très diverses : environ la moitié sont dus au décès d’un candidat entre l’élection populaire et celle du collège électoral, et donc d’un refus de reporter le vote sur un nouveau nom. D’autres cas portent sur la nomination du vice-président, et non du président, d’autres se traduisent par une simple abstention et quelque-uns peuvent être imputés à une erreur de vote. Au total, ce sont environ 80 grands électeurs qui auront en un peu plus de deux siècles voté véritablement et ostensiblement « contre » le ticket choisi par les électeurs de leur Etat. Depuis 2000, on compte seulement une abstention de protestation et une « erreur » anonyme ayant d’ailleurs conduit le Minnesota à renforcer sa législation évitant la « trahison » du vote populaire. La conclusion reste donc la même : bien que « techniquement » possible, le retournement du collège électoral en faveur d’Hillary Clinton est quasiment inenvisageable autant en termes pratiques que strictement politiques.  
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Ku Klux Klan

KKKQui ne connait le sordide sigle KKK et la foule d’images associées à la société secrète du suprématisme blanc américain, de la croix enflammée aux tenues blanches caractéristiques en passant par les titres ronflants d’une hiérarchie pseudo-chevaleresque, et, bien sûr, les épouvantables lynchages qui ont pendant des décennies ensanglanté l’histoire de l’Amérique dite « profonde ». Le « Klan », à la fois partout et nulle part, a nourri quantité de fantasmes jusqu’à aujourd’hui. Il suffit de citer une célèbre marque de cigarettes américaine pour constater l’ampleur des légendes urbaines qui tournent autour de ce nom aux « origines… longtemps restées mystérieuses » et donnant lieu « durant des générations aux explications les plus fantaisistes ».

ca. 1965, USA --- Ku Klux Klan Meeting. --- Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

ca. 1965, USA — Ku Klux Klan Meeting. — Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Ce n’est que le premier mérite de Farid Ameur, spécialiste du XIXe siècle américain qui nous a récemment crédité de plusieurs synthèses remarquées (La guerre de sécession aux PUF, Gettysburg chez Tallandier ou encore Sitting Bull réédité en Texto), que de nous apprendre dès les premières pages de son ouvrage que le nom savamment « marketé » du KKK est dérivé du grec Kuklos (cercle) transformé pour l’entourer du plus grand mystère possible. La performance n’est pas mince de nous offrir en un format aussi ramassé d’à peine plus de 200 pages un récit de référence aussi clair, précis et équilibré – sans se perdre ni dans le détail ni dans le pathos simplificateur – de l’histoire complexe et agitée du Klan et de son organisation. L’histoire « des Klan » en réalité, depuis celui d’origine, éphémère, fondé par un groupe de sudistes au lendemain de la Guerre de sécession pour terroriser les Noirs récemment affranchis et contrer la « reconstruction », jusqu’à la marque réapparue au XXe siècle et reflétant les aléas d’une histoire américaine agitée, laissant aujourd’hui encore, malgré un profond déclin et un violent discrédit auprès de l’immense majorité de la population, « l’Empire invisible » comme fer de lance symbolique de l’ultra droite puritaine et raciste.

Ameur (F), Le Ku Klux Klan, Pluriel, 2016

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Citation du jour : Général Marshall, le temps contre le sang

Portrait: US Army (USA) General (GEN) George C. Marshall. (Uncovered), (Exact date shot UNKNOWN).

« La période [1939-1943] fut un temps de grand danger pour les États-Unis. L’élément sur lequel a le plus reposé la sécurité de cette nation fut le temps – le temps d’organiser nos immenses ressources et le temps de les déployer outremer dans une guerre de dimension mondiale. Ce temps nous fut donné par le refus héroïque des peuples soviétiques et britanniques de céder face aux puissants coups portés par les forces de l’Axe. Ils ont acheté pour nous ce temps au prix de leur courage et de leur sang. Il y a deux ans notre marge de sécurité était encore précaire mais le moment est rapidement venu où nous avons été prêts à traiter avec nos ennemis dans les seuls termes qu’ils comprennent : une puissance écrasante ».

Général George C. Marshall, chef d’état-major de l’armée des Etats-Unis, 1er septembre 1945

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A propos du système de grades dans l’armée américaine (XIXe siècle)

Custer, étoile de general au col, insigne de lieutenant-colonel à l'épaule

Custer, étoile de general au col, insigne de lieutenant-colonel à l’épaule

Lorsqu’on se plonge dans l’histoire militaire américaine, et nous nous limiterons ici à celle du XIXe siècle, on se heurte vite à un système de grade complexe pouvant facilement être trompeur car pouvant associer pour un même officier plusieurs grades simultanés ou successifs d’apparence incohérents. Comment se peut-il, par exemple, que le général Custer, célèbre pendant la guerre de Sécession, soit seulement le lieutenant-colonel Custer tué à Little Big Horn en 1876, plus de dix ans après sa fin ? Pourquoi le général Lee arbore t-il sur la plupart des photos et gravures trois étoiles au col de son uniforme, indiquant un rang de simple colonel ?

Aux Etats-Unis à cette époque, un officier peut détenir jusqu’à trois grades distincts :

  • Dans la milice d’état (organisée localement et individuellement par chacun des états)
  • Dans l’armée dite « volontaire » ou plus tard « nationale » (créée à partir des milices ou par volontariat direct, et confiée en temps de « grande » guerre au gouvernement fédéral)
  • Dans l’armée régulière (laquelle est très limitée – 16500 hommes en 1860 – mais permanente et professionnelle)

En outre, et c’est là que les choses se compliquent plus encore, chaque grade peut être doublé d’un autre obtenu par « brevet », c’est à dire à titre provisoire, conféré en récompense d’états de service (Lee en obtient trois successifs au Mexique, Grant deux) ou de façon plus pragmatique et fonctionnelle, pour permettre à un officier trop peu gradé d’avoir le titre nécessaire pour occuper un poste supérieur (par exemple pour confier à un simple colonel la fonction de payeur général). Ce système, dont il existe des équivalents plus ou moins comparables ailleurs, est particulièrement développé aux Etats-Unis entre la Révolution de 1776 et la fin du XIXe siècle, ou il est supplanté par des remises de décorations. Ces grades par brevet sont révocables, et non propriété de leur titulaire comme le sont les grades dits « pleins », et n’offrent qu’assez peu d’avantages autres qu’honorifiques, sauf s’ils sont assortis d’une fonction donnant droit à la solde correspondante. Quoi qu’il en soit, un « breveté » est toujours à rang égal supplanté par un « plein », comme un « volunteer » par un « regular ».

custer brevetEn pratique, il n’est pas rare qu’un officier américain possède trois ou quatre grades différents; on le désigne alors par le grade le plus élevé détenu à ce moment. La révocation d’un brevet (ou sa disparition de fait dans le cas, par exemple, de la démobilisation de l’armée volontaire entre 1865 et 1867) le ramène donc à son grade « confirmé » le plus élevé. Le cas de George Armstrong Custer cité en exergue est assez emblématique du système : Sorti sous-lieutenant (et d’ailleurs bon dernier) de la promotion 1861 de West Point, Custer a quatre ans plus tard, avec des états de service exceptionnels dans la cavalerie de l’Union, trois grades distincts : lieutenant-colonel « permanent » et brigadier-général par brevet dans l’armée régulière ; mais aussi major-général dans l’armée volontaire. C’est à ce dernier titre qu’on évoque donc le « général Custer » de cette époque mais au premier que, une décennie plus tard, il est tué à Little Big Horn à la tête d’une partie du 7e de cavalerie. Un autre exemple fameux est celui d’US Grant qui, ex capitaine démissionnaire de l’armée régulière, reprend du service en 1861 comme colonel dans la milice de l’Illinois. Quatre ans plus tard, ses états de service sans équivalent lui ont valu le grade, alors le plus élevé, de lieutenant-général dans les deux armées, et ce à titre définitif dont le caractère « plein » est confirmé dans l’armée régulière peu après la fin de la guerre.

A noter que les Confédérés copient globalement ce système, créant un noyau d’armée permanente (Army of the Confederate States) à côté de l’armée volontaire (Provisionnal Army). « Stonewall » Jackson est ainsi à sa mort seulement major d’artillerie dans la première, mais lieutenant-general dans la seconde. Joseph Pemberton, ancien major de l’armée régulière, lieutenant-general confédéré et vaincu à Vicksurg en 1863, démissionne de son grade et se verra conférer une nouvelle « commission », mais cette fois de simple lieutenant-colonel d’artillerie. Quant à Robert E. Lee, encore seulement capitaine de l’armée régulière américaine au bout de plus de 25 ans de service, il est colonel par brevet, nommé colonel « plein » juste avant sa démission de 1861, puis major-général dans l’armée de Virginie, brigadier général puis général « plein » (équivalent à quatre étoiles) dans l’armée confédérée.

réplique lee

Réplique de l’uniforme de Lee à Appomattox

Pourquoi, alors, Lee n’arbore t-il généralement que les trois étoiles « nues » de colonel ? On a beaucoup écrit qu’il s’agissait là d’une traduction de sa légendaire modestie, et d’un voeu de n’accepter le généralat qu’à la victoire. On peut également penser que pour ce « vieux soldat » très attaché aux prérogatives de l’armée régulière et ayant fait sécession à contrecœur, c’était sans doute une façon de ne donner crédit qu’à son rang officiel de soldat professionnel au milieu de myriades de généraux « de circonstances ».

Il semble toutefois qu’il ait fait une exception à Appomattox, son dernier grand uniforme ayant eu le col rehaussé de l’insigne de général, vraisemblablement pour se montrer au même niveau que son adversaire victorieux.

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L’expédition française aux Dardanelles, Sylvain Ferreira

Dardanelles« Les fêtes aux escargots, j’en n’ai raté qu’cinq dans ma vie: les années 14, 15, 16, 17, 18. Quand c’était qu’j’étais aux Dardanelles, et pis qu’aux Dardanelles y’avait pas d’escargots. J’suis allé plus loin qu’Verdun et la Somme, moi ! J’ai pas fait une guerre eud’ fainéant ! »

L’impérissable réplique de Jean-Marie Péjat (alias Jean Gabin) grâce au talent de Michel Audiard dans les Vieux de la Vieille (1960) nous rappelle, avec quelque outrance et un peu de légèreté factuelle l’existence de cet épisode terrible que fut la campagne des Dardanelles. Pour en savoir bien plus au sujet de l’engagement parfois oublié aux côté des Britanniques et des ANZAC de 79000 « Dardas » français, on se jettera sur ce petit ouvrage de Sylvain Ferreira dans la belle collection Illustoria de Lemme Edit qui a pour ambition d’offrir en une centaine de page de rédaction et un solide cahier d’illustration des synthèses irréprochables sur des points d’histoire particuliers.

Le fictif Jean-Marie Péjat et ses camarades bien réels n’y auront certes pas passé cinq « fêtes aux escargots » consécutives : entre les premières opérations navales en février 1915 et l’évacuation du dernier détachement français le 9 janvier 1916, il se sera passé moins d’un an. S’ouvre alors la seconde phase de la campagne d’Orient sur le front de Salonique, qui jouera un rôle majeur dans l’effondrement des alliés de l’Allemagne en 1918. Période terrible en attendant que ces quelques mois de campagne aux Dardanelles et cette tentative désespérée pour s’accrocher aux rivages turcs dans l’espoir d’ouvrir les détroits et de ravitailler les Russes par la Mer Noire; tentative où les Français participent, une fois n’est pas coutume dans ce conflit, en tant que « brillants seconds » aux côtés des Britanniques et des fameux ANZAC. Cet échec tragique débute par la désastreuse tentative de forcer les détroits, fort bien décrite en détail dans l’ouvrage et où la marine française perd notamment le vieux cuirassé Bouvet, et se poursuit par « l’opération combinée » voulue par Churchill où pas moins de 47000 « Dardas », du Corps Expéditionnaire d’Orient du général d’Amade, 60% des effectifs paieront l’épreuve dans leur chair : 9700 tués et disparus, 20000 morts de maladie et 17300 blessés.

L’ouvrage témoigne d’un grand sens de la synthèse, permettant une appréhension la fois par le haut et le sol d’une opération combinée complexe. Sylvain Ferreira nous brosse à grands – mais pas gros – traits les péripéties des opérations et des projets en constante évolution en s’appuyant abondamment et très directement sur les documents et ce jusqu’au « seul succès de la campagne… – à l’exception de la diversion française sur Koum Kalé le 25 avril » insiste t-il – le rembarquement final au nez et à la barbe des Turcs.

Une belle référence donc, à la fois solide et accessible sur cette participation française sous direction britannique assez méconnue.

  • Sylvain Ferreira, L’expédition française aux Dardanelles, Lemme Edit – Illustoria, 2016, 110pp + cahier d’illustration 16 pages.
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