Les magazines meurent aussi

CouvLDG1Ainsi va la vie économique, les revues naissent et meurent. Ce n’est pas nouveau mais ici particulièrement triste. Histoire(s) de la dernière guerre, belle revue d’histoire que j’avais contribué à mettre sur les rails au sein de l’équipe de Caraktère en 2009 ne paraîtra plus, tout au moins sous cette forme, comme l’a indiqué officiellement Yannis Kadari sur un forum en réponse à l’interrogation de certains lecteurs inquiets.

HDG est victime de son insuccès, intellectuellement immérité. « Immérité ? Ben voyons, facile à dire » jugerez-vous, « après tout, c’est le public qui décide ! » Certes, dans le domaine de l’entreprise privée, la demande anonyme prime toute autre considération et son verdict frappe fort et sans rémission. Retenons donc que public n’aura pas voulu d’une véritable revue d’histoire de la Seconde guerre mondiale, n’en négligeant aucun aspect et se voulant à la pointe de l’historiographie (en témoigne le nombre de chercheurs et d’universitaires de renom y ayant contribué) tout en restant accessible au plus grand nombre et superbement illustrée. Pas assez « militaire » pour beaucoup de lecteurs ? « Concurrence » d’internet ? Manque de notoriété auprès du « grand » public ? Effet « Crise » ? Coûts de production trop importants (car oui, la qualité a un coût) ? Un peu de tout cela sans doute.

Reste que le sacro-saint marché a parlé, et que je pense qu’il a eu tort ne changera décidément rien. Dix-neuf numéros ont été publiés couvrant l’automne 1939 jusqu’au début de l’été 1942. Ceux là resteront. C’est toujours ça.

RIP HDG (2009-2012)

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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7 commentaires pour Les magazines meurent aussi

  1. C’est en effet dommage, c’était une revue bien ficelée.
    Un lien vers le forum en question s’il-te-plaît ?

    Cordialement.

  2. Nicolas PONTIC dit :

    Bonjour à tous les deux,

    C’est bien dommage ! C’était en effet une revue qui avait ses qualités. Yannis, si je me souviens bien, m’avait proposé de participer à l’aventure et d’intégrer Caraktère à l’occasion (je ne t’avais pas vu là bas !), introduit que j’avais été par Yann. J’avais refusé, pour le faux pretexte que la revue reprenait l’idée de celle que j’avais alors en charge (2GM était alors en mouture chronologique, dans le même principe que HdG, mais évidemment, en moins « scientifique » sur le fond.) En réalité, j’avais tout simplement eu la frousse de ne pas avoir les épaules assez larges pour un tel projet, et je le regrette tous les jours depuis.

    Il y a en effet beaucoup de dégâts du fait de la crise, mais aussi d’une saturation du marché par de nombreuses revues de très mauvaise qualité, type « racoleuses », qui pondent des numéros « wikipedesques » à tour de bras. Certes, elle doivent pas faire 1000 ventes, mais mathématiquement, 5 x 1000 ventes, c’est d’autant moins pour les revues d’un autre niveau comme 2GM, LdF ou SGm. Et ça fait ch….

    En tout cas, je suis navré d’une telle nouvelle, cette revue ne méritait pas ça !

    Bon courage à Yannis et sa maison de presse.

  3. Merci pour le lien.
    Et d’accord avec le constat de Nicolas.

  4. L dit :

    C’est effectivement une bien triste nouvelle. J’aimais bien cette revue, qui abordait d’autres sujets que les combats. Par contre j’ai toujours eu l’impression qu’elle se situait entre 2 eaux : une vision plus « universitaire » mais résumée en peu de pages, donc peu développée. J’avais l’impression qu’on ne faisait qu’effleurer les sujets. Le lecteur averti restait un peu sur faim, tandis que le lecteur occasionnel s’y trouvait un peu perdu. Mais ce n’est que mon humble hypothèse.

    Contrairement aux auteurs des commentaires précédents, je ne connais rien au domaine de l’édition. Je ne suis qu’un simple lecteur amateur d’histoire. À cause de la crise, il est certain que le lecteur occasionnel dépensera moins pour des revues. Mais je crois que le passionné aura toujours de l’argent à dépenser. Ça ne serait pas plutôt lui qu’il faudrait rejoindre ? Mais si on lui offre pour la 15e fois un article sur Koursk, ou des pages remplies de photos de mauvaise qualité trop agrandies, peut-être passera-t-il son tour. Je ne crois pas qu’il y a trop de revues. Les mauvaises disparaîtront bien assez vite. Je crois plutôt qu’il y a saturation des idées et du contenu. Le débat me fait penser un peu à l’industrie de la musique. La faute à internet, il y a trop de groupes, etc. Ce qui fait que nous assistons présentement à une remise en question du monde de la musique. Peut-être serait-il envisageable de s’interroger également sur la presse militaire ?

    J’achète religieusement de nombreuses revues depuis des années, mais j’avoue être de plus en plus déçu. Le contenu laisse de plus en plus de place aux illustrations, thèmes trop récurrents, fautes de frappes et coquilles, etc.Mais je ne suis qu’un lecteur. Je n’aimerais pas être éditeur et devoir choisir entre qualité et nombres de vente.

    • Cliophage dit :

      Bonjour et bienvenue.

      Vos remarques sont très intéressantes et frappées au coin du bon sens. Il est vrai qu’il n’est pas aisé de « taper juste », et un positionnement intermédiaire que l’on espère pertinent peut se transformer en un « entre deux » qui finalement ne satisfait ni les uns ni les autres. Mais les lecteurs – vous et moi – sont si divers qu’il est difficile de trouver un noyau dur suffisamment homogène pour porter économiquement un magazine de ce type. Ainsi vous regrettez (comme moi d’ailleurs) la place de plus en plus importante prise par la photo mais c’est manifestement le fruit d’une demande forte. Beaucoup de magazines sont plus parcourus ou survolés par la majorité de leurs lecteurs que véritablement lus. On les achète parfois pour quelques photos rares ou bien mises en valeur, ou un article particulier. HdG se voulait une sorte d’encyclopédie chronologique de la période de la 2e GM. C’était à la fois un force mais aussi une sorte de carcan dont il était difficile de s’extraire.

      Cordialement

  5. Bonjour,

    Pour répondre à L, effectivement la revue se cherchait un peu. Mais c’était une tentative intéressante, avec la participation d’universitaires reconnus.
    Quant à la situation de la presse d’histoire militaire, la sclérose du contenu que vous soulignez s’explique d’abord par des considérations économiques, les tentatives de faire plus original ayant jusqu’à présent échoué faute de lecteurs suffisants. Ce qui veut dire aussi que les lecteurs attendent un discours bien particulier, si l’on retourne l’argument.
    Personnellement j’essaye toujours de faire des choses originales mais j’avoue que le format d’un article de revue est aussi contraignant (on ne peut pas tout dire, tout développer).

    Cordialement.

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