La Wehrmacht, tube de l’été depuis 1940 !

A star is born - Ardennes, 1944

S’envoyer des pavés dans la g… mare semble être la mode de l’été du microcosme de presse d’histoire militaire. On ne compte plus les amabilités échangées par les magazines par éditos (parfois forum ou blog) interposés avec évidemment toujours de façon plus ou moins subtile l’air de ne pas y toucher.

Ça tiraille dans tous les sens et personne n’est vraiment épargné. Au delà du fait que les lecteurs s’en moquent dans leur immense majorité et qu’une infime fraction des autres (celle qui suit un peu les coulisses) s’en trouve généralement confortée dans ses choix claniques, il est vrai que la crise est dure, la concurrence plus rude que jamais. L’irruption relativement récente d’un acteur à gros budget (et, il faut dire, un peu à gros sabots, premier magazine « pro » du secteur parait-il – étrange profession de foi objectivement fausse et inutilement blessante mais on est jamais mieux servi que par soi-même) a joué son rôle. Divers lancements récents de droite et de gauche plus ou moins réussis selon le cas, également. Quelques cartes ont été rebattues et quelques nerfs manifestement tendus.

Le désormais sempiternel « german bias » a donc récemment dérivé en une sorte de compétition interrégionale des vertus et travers comparés de la Wehrmacht. J’y ai eu ma part notamment dans de récents articles de 2e Guerre Mondiale. Le débat est quoi qu’il en soit richement alimenté et c’est in fine une bonne chose. Quoi que l’on cherche à démontrer, la Wehrmacht tient donc comme à son habitude le devant de la scène.

Limpide constat une fois de plus des réalités économiques dont je vous entretins jadis entre deux savantes lectures et studieux écrits, soit nécessairement quelque part entre deux apéros. Au risque de décevoir certains espoirs, oui Guerre et Histoire – excellent magazine généraliste et varié au demeurant – doit comme ses camarades de jeu recourir ça et là au regard d’azur d’un Landser épuisé (n°7) ou à l’imposant canon dressé d’un Jagdtiger (n°8) – merci au professionnalisme des PK du bon Doktor Goebbels – pour tenter d’éveiller la curiosité du lecteur de passage. C’est exactement ça le « German bias » : non pas une vision admirative à oeillères d’une excellence militaire allemande indépassable (cette vision existe, marginalement), mais une obsession singulière à son endroit, profondément ancrée dans nos inconscients et qui contribue fortement aux ventes de magazines : « il faut dire que les officiers allemands avaient une sacré gueule » me dit benoîtement et tout de go hier soir quelqu’un de totalement étranger à notre domaine – et, comme aurait dit le regretté Coluche, même pas Français – après que le nom d’Hugo Boss fut tombé dans la conversation. Histoire & Esthétique, une nouvelle idée de magazine. Ne me remerciez pas, c’est cadeau :).

Après donc le G&H du début de l’été (n°7) consacré au « mythe de la supériorité allemande« * (que je n’ai pas lu mais dont on a dit grand bien notamment sur le blog de l’ami Bir-Hacheim), Ligne de Front réplique dans son numéro 38 en renvoyant un peu, avec quelques arguments d’ailleurs, le balancier sur le mode « hé ho faut peut-être pas exagérer non plus hein, la Wehrmacht c’est quand même pas la Mǎnzhōu Dìguó Jūn !** ». De là un très conséquent dossier argumenté sur le thème « la Wehrmacht était-elle la meilleure ? » abordant successivement et dans toutes ses dimensions la machine de guerre teutonne.

A vrai dire, il n’y a aucune réponse simple à cette question.  La véritable grande synthèse sur le sujet,  si ce n’est définitive au moins véritablement complète et totalement détachée des travers de l’esthétique, de la passion partisane et de l’épicerie fine reste à écrire. Reste que cet échange entre magazines a pour vertu éminente de creuser l’argumentation et d’apporter de nombreux éléments de réflexion des plus stimulants. Pour ma part, pris intellectuellement entre deux feux de positions que je sais volontairement un brin provocateurs, je signe l’article introductif du dit dossier intitulé , « un art de la guerre allemand ? » tentant de synthétiser la genèse et le substrat de ce « modèle allemand » dont on dit tout et son contraire et qui, une chose est sûre, n’apparaît pas comme un diable sorti de sa boîte à l’orée de la Seconde guerre mondiale. Jusqu’aux années 1860 un Allemand en uniforme n’impressionne pas grand-monde, du moins plus depuis 1806; ni le « Hessois » en Amérique, ni le « Bavarois », le « Saxon » ni même le « Prussien » en Europe ne jouissent d’une quelconque image martiale exagérément flatteuse. Tout change après 1870. L' »Allemand » est désormais regardé à tort ou à raison comme le meilleur soldat du monde, image qui avec quelques éclipses lui collera à la peau non seulement jusqu’à la Seconde guerre mondiale mais d’une certaine façon jusqu’à aujourd’hui. Révolution biologique ? Surdose d’amphétamines ? Destinée révélée ? Hypertrophie nationaliste ? Dernier Rempart contre le « Rouge » ? Hallucination collective ?  

Une chose est certaine, ce n’est pas la dernière fois qu’on aborde le sujet.

* Le numéro 8 de G&H est actuellement en kiosque avec un dossier de couverture consacré aux idées reçues de la guerre du Viêtnam. Voir la recension très complète et argumentée de Stéphane Mantoux sur son Historicoblog. 

** L’armée impériale du Mandchoukouo. Ah bon ? vous ne parlez pas le Mandarin ? 😉

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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11 commentaires pour La Wehrmacht, tube de l’été depuis 1940 !

  1. Hello Vincent,

    Sympathique billet ma foi.
    Effectivement le secteur a l’air un peu tendu depuis l’arrivée de Guerres et Histoire.
    Au passage, j’ai fait la recension du n°7 aussi : le dossier était bon, en tout cas c’est l’impression qu’il m’avait laissé, en dehors de l’histoire des couvertures (lol).
    Et merci pour la citation sur la recension du n°8 : pour le coup, celui-là m’a laissé sur ma faim.
    Ceci dit, je ne rentre pas trop, en fait, comme beaucoup de passionnés d’histoire militaire, dans le public visé par Guerres et Histoire, qui fait plutôt de la vulgarisation. C’est pour cela je pense que je préfère souvent les petits articles aux dossiers, qui balayent trop large -ou pas assez, comme celui sur la guerre du Viêtnam.
    J’avais vu effectivement que le dernier Ligne de Front faisait un dossier quasi parallèle de celui de Guerres et Histoire n°7.
    Tiens, j’ai fait aussi la recension de Los ! n°3, le premier que je lis : plutôt séduit par le concept, j’ai bien accroché. Par contre aurais-tu des références sur ton article à propos du plan Z ?

    A bientôt.

    • Cliophage dit :

      Bonjour Stéphane. Merci pour le commentaire.

      Concernant le plan Z, il n’y a bizarrement (tout au moins à ma connaissance) aucune véritable référence en français ou en anglais couvrant strictement la question ce qui explique d’ailleurs mon renoncement à indiquer cette fois une bibliographie (je sais, c’est mal 😉 ).
      En l’occurrence, je suis allé picorer dans une documentation assez éclatée d’autant que l’article couvre de façon synthétique l’ensemble du processus de réarmement naval allemand. Pour la base, ça va du Masson sur l’histoire de l’armée allemande à Anthony Preston (Navires et combats) et Erich Gröner (German Warships 1815-1945) en empruntant également au passage aux mémoires de Churchill et à Shirer (j’aurais voulu voir également du côté de Raeder et Dönitz mais je n’avais pas ça sous le coude). Quelques articles spécialisés également :
      – Cribbs (D), The influence of maritime theorists on the development of german naval strategy (1930-36), VMI, 1991 – pour les différentes pistes de réarmement de l’entre deux guerres
      – Kaempen (A), The Lion, the Eagle & the High Seas, 2006, concernant les relations et la « concurrence » RN / KM
      Enfin concernant les aspects plus strictement évènementiels, techniques ou descriptifs (l’épicerie), il y a d’excellents sites spécialisés (http://www.naval-history.net/) et quelques entrées wiki très bien documentées et sourcées (à l’exemple de http://en.wikipedia.org/wiki/H_class_battleship_proposals).

      Si un lecteur de passage a des ouvrages de référence à proposer pour compléter qu’il n’hésite pas. 🙂

  2. Oui c’est mal (mdr).
    Merci pour la liste en tout cas.

    ++

  3. Guillaume dit :

    « Vous me reconnaissez ? » Ben non, celui là est un illustre inconnu malgré les recherches effectuées sur son identité 🙂

    • Si si, je commence à voir effectivement.
      On s’est pas croisé il y a quelques années quand j’écrivais déjà pour Champs de bataille ? Un projet de traduction des Osprey (j’ai encore celui sur la Légion Etrangère fait par vos soins je crois).
      Amusant car je viens de relire le bouquin sur la guerre de Trente Ans que vous m’aviez envoyé à l’époque, il me semble… c’est aussi pour ça que j’ai cherché.

      Cordialement.

      • Guillaume dit :

        Je faisais allusion au texte du 1er cliché qui illustre votre billet : celui de ce PanzerGrenadier (« L’ami Fritz, vous me reconnaissez ? ») qui est devenu le symbole de la bataille des Ardennes et de déroute allemande, dont l’identité a justement été l’objet de recherches et reste un mystère. Désolé pour ce malentendu. 😉

  4. Autant pour moi alors (!).
    Et effectivement, celui-là reste bien un inconnu.

  5. lannes dit :

    Je viens de finir le Ligne de Front sur la wermarcht, j’ai adoré, il y a longtemps que j’avais pas pris autant de plaisir dans un magasine en dehors de Batailles et Blindés.
    Le seul petit reproche que j’aurais à faire, la partie consacré à l’économie est vraiment succinct j’aurais bien aimé plus de développement.

    Christophe

    • Cliophage dit :

      La rédaction appréciera surement le compliment.

      Pour compléter la question économique, j’y avais consacrée un article de 16 pages dans le n°40 de 2eGM avec en contrepoint une intervention sur l’économie de guerre US par Christophe Prime. Au cas où 😉

      • C’était très bon ta partie de ce numéro-là.
        Décidément faut que j’achète Ligne de front mais pas moyen de le trouver de par chez moi (mdr).

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