Danse avec les scalps : Sitting Bull (Farid Ameur)

sitting bullLes Texto, la petite collection bleue de Tallandier, se suivent et ne se ressemblent pas. Après le magistral mais parfois un peu aride Constantin le Grand dont je vous entretins avec brio dans une récente chronique, je viens d’achever le Sitting Bull de Farid Ameur, étoile française montante de l’histoire du XIXe siècle américain et auteur entre autres d’un récent Gettysburg.

Nous sommes d’ailleurs ici sur les mêmes « fondamentaux » que pour son précédent ouvrage : concis, clair, précis, vivant, il se lit d’une traite (pour peu que vous ayez toutefois quelques heures devant vous) et s’adresse aussi bien au curieux désireux d’en savoir plus sur la période « phare » des guerres indiennes qu’au véritable passionné. Le choix de l’appareil critique est tout à fait symptomatique de cette louable – et sans doute trop rare de la part des historiens – ambition d’accessibilité (j’éviterais ici le mot par trop condescendant parfois de « vulgarisation ») : une abondante et précise bibliographie finale témoignant de la solidité de l’ensemble et ouvrant à tous les approfondissements nécessaires, mais aucune note infrapaginale ne venant perturber le fil de la lecture. On fera donc confiance à l’auteur sans qu’il lui soit nécessaire de justifier à chaque pas la moindre affirmation, et on fera bien.

Les black hills, paradis sur terre dont l'or enfoui sera le corpus delicti de la dernière grande guerre indienne

Les black hills, un « paradis sur terre », « terre sacrée » conquise par les Lakotas sur les Crows et dont l’or enfoui sera le corpus delicti de la dernière grande guerre indienne

A dire vrai, l’ouvrage est à la fois un peu moins et bien plus qu’une biographie du légendaire chef Sitting Bull, conduisant les tribus Sioux « libres » dans la dernière grande guerre indienne contre les visages pâles, les Wasichus, en 1876.

Un peu moins, parce que pour être le personnage « fil rouge » du drame central (la célèbre bataille de Little Big Horn, vous l’aurez compris), et pour bénéficier de la part de l’auteur d’un portrait passionnant et tout en nuances, on le délaissera souvent au fil d’un récit plus vaste qui aurait finalement pu tout aussi bien s’intituler « orage sur les black hills », « la guerre des grandes plaines » ou « rendez-vous à Little Big horn ».

Plus parce qu’en sept chapitres aux titres évocateurs et à peine plus de deux cent pages, Farid Ameur nous entraîne à sa suite dans un véritable tableau complet, nuancé et partagé, tant du point de vue amérindien que de celui des « visages pâles » des origines, du déroulement, des conséquences et des principaux acteurs de la guerre des Black Hills, de cette dernière résistance ouverte du dernier peuple « libre » sur le continent américain, initiée par l’avidité des uns et la fierté des autres, et définitivement éteinte lors de la funeste journée de Wounded Knee en 1890.

Red Cloud, Nuage rouge, chef des Sioux Oglalas, controversé pour avoir accepté de traiter avec les "Blancs" et refusé de prendre le "sentier de la guerre" en 1876

Red Cloud, Nuage rouge, chef des Sioux Oglalas, controversé pour avoir accepté de traiter avec les « Blancs » et refusé de prendre le « sentier de la guerre » en 1876

Une question demeure au final à laquelle la commisération contemporaine et l’appel des grands espaces ne sauraient répondre de façon satisfaisante. Que pouvait un Sitting Bull aussi brillant qu’orguilleux, ambitieux, et même souvent cruel, pour, au delà de la spectaculaire et éphémère victoire sur l’arrogant et flamboyant Custer (aux cheveux coupés, ce qui préservera peut-être son sclap, contrairement à l’image de la légende), préserver le mode de vie de quelques milliers de « Sioux » Lakotas réfractaires ? Que pouvait quiconque alors, dans un camp comme dans l’autre, malgré tous les traités et toutes les promesses, pour s’opposer à la marche conquérante vers l’ouest  de 40 millions de Wasichus  ?

Ironiquement toutefois, l’affaire n’est pas achevée comme en témoigne plusieurs offres de dédommagement du gouvernement fédéral rejetées ces dernières années par les Lakotas, revendiquant toujours la pleine souveraineté sur leur « terre sacrée ». « C’est dire si l’intransigeance de Sitting Bull fait encore des émules » souligne l’auteur en guise de conclusion. Singulière victoire sur le temps en effet que celle de Sitting Bull plus d’un siècle après avoir conduit une lutte armée désepérée et laissé à l’Amérique l’un des événements de son histoire les plus polémique et les plus discuté.

En bref, un excellent et édifiant moment de lecture élargissant, complétant et dans une certaine mesure fluidifiant la perspective du justement remarqué Little Big Horn de David Cornut.

Farid Ameur, Sitting Bull, Héros de la résistance indienne, Texto Tallandier, 2014.

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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