« N’avancez plus mes enfants ! » 23 août 1914, près de Charleroi…

 

infanterie 14bis

Infanterie française à l’exercice en 1914, ROL/BNF (recadré)

« En milieu d’après-midi surgissent les rescapés des combats du matin et de la veille, des « Parisiens » pour beaucoup, de la 11e brigade (24e et 28e RI), « très excités par le dur combat auquel ils ont pris part, le visage vultueux ou très pâle, sous un masque de poussière, le front ruisselant de sueur, le regard brillant, le geste saccadé, ils disent les pertes de leur régiment, l’ennemi nombreux, manœuvrier, bien armé et implacable. » […]

Au tour des « Girondins » de partir à l’assaut : le 144e se déploie en ligne, ses trois bataillons alignés, flanqués à leur gauche du II/57 grimpant le plateau de Heuleu pour prévenir une prise par le flanc. Approchons-nous de ce dernier, voyons les rangs des fantassins courbés sous l’effort atteindre leurs positions désignées sur la crête. Soudain, des coups de feu depuis les sous-bois, devant. On se jette à terre : « Baïonnettes aux canons, nous avons les Allemands à 200 mètres. » Deux cents mètres, autant dire rien en un temps où les fusils tuent presque à coup sûr bien au-delà, et portent dix fois plus loin. Cette fois, on les voit, ils sont là. La 7e compagnie doit les déloger. Moment électrique et glaçant à la fois. Au moins ne s’agit-il pas cette fois de mourir sous les obus sans avoir vu le moindre Pickelhaube, le fameux casque à pointe des Allemands. On se rassemble dans un fossé.

bataille-lobbes 14

« Prêts ? » Au signal, on se relève pour l’assaut. Par sections, la 7e compagnie s’élance à travers champs. Nouveaux coups de feu venus des bois en face. Les premiers hommes tombent, les autres continuent. Une clôture de fils de fer barre le chemin ; quelques fantassins l’abattent, sous la protection des copains qui mettent un genou à terre, épaulent et tirent vers les bois. Précieux instants perdus. On se relève encore, la compagnie reprend son élan. Une nouvelle fois, des tirs depuis les bois, et, cette fois, de plus loin à gauche. Des patrouilles rendent compte que la compagnie va être prise à revers. Le capitaine Constans, sabre en main et pipe aux lèvres, la fait obliquer à gauche pour parer au danger : « Hardi les gars, nous les tenons ! » En avant, encore une fois. « Tac, tac, tac », le claquement régulier, sinistre et caractéristique, vient soudain se superposer au crépitement spasmodique des fusils. Des mitrailleuses allemandes ! Les premiers rangs de la compagnie s’abattent presque simultanément. « N’avancez plus mes enfants ! » Le cri du capitaine Constans se perd dans un souffle. Il tombe là, raide mort, remplacé au pied levé par le lieutenant Couraud. On se replie. Les sections, un moment débandées, cherchent un abri où se rétablir, laissant là morts et blessés. Voilà le fossé salvateur. On s’y cramponne, on tire plusieurs salves sur les lignes de fantassins d’en face qui à leur tour tentent leur chance mais renoncent eux aussi sous le feu nourri des Girondins. En quelques brèves minutes, les 5e et 6e compagnies ont été jetées dans la bataille pour soutenir la malheureuse 7e. Elles aussi sont refoulées avec de lourdes pertes. L’ennemi semble être partout, surgir en masse de toutes les directions… […]

Couverture poilusCe jour-là, 137 « Sud-Ouest » du 57e RI sont, à coup sûr, morts. En proportion, les officiers ont payé le prix fort : les capitaines Embrun, Burdy, Lallemant, Constans ; les lieutenants Delitat et Duclos ; le sous-lieutenant Faure… De dix des disparus, on ne trouvera jamais aucune trace. Au cimetière de Lobbes, on comptera 118 croix ».

Extrait des Poilus du Sud-Ouest, Editions Sud-Ouest, 2014, chapitre 4 « Ceux de 14 », pp89-91.

Quelques recensions de l’ouvrage ici et

 

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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2 commentaires pour « N’avancez plus mes enfants ! » 23 août 1914, près de Charleroi…

  1. Arnaud Wassmer dit :

    Bonjour,
    Je suis animateur radio, je serai présent au FILM à St-Cyr,vous aussi. Pourrions-nous entrer en contact par mail pour que je vous explique ma demande de vous rencontrer ?
    Merci à vous

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