Montgomery, trop peu aimable, trop mal aimé ?

MontgomeryLe Field Marshall Bernard Law (pourquoi Law, personne ne le sait) Montgomery ne passe pas pour être le chef de guerre le plus sympathique du second conflit mondial. Héros national en Grande Bretagne, il passe plus facilement ailleurs, et en particulier outre-atlantique pour le plus antipathique et le plus surestimé parmi les généraux de sa majesté. Et pourtant, songe t-on un instant que Monty, dont on sait finalement peu en France au delà de quelques images plus ou moins (et souvent moins) flatteuses, fut de très loin le plus marquant, le plus efficace et le plus souvent victorieux parmi tous les généraux britanniques de cette guerre où certes ce sont plutôt les personnalités voire les « gueules » américaines (Patton, McArthur, Eisenhower…) ou Allemandes (Rommel, Guderian, Manstein…) qui se détachent généralement dans nos imaginaires ?

Monty 1Il n’y avait guère d’ouvrages en français permettant jusque là d’aborder Montgomery dans toute sa complexité et les nuances de sa personnalité et de sa carrière, et aucun lui étant entièrement consacré ; ses mémoires publiées après la guerre et objet d’auto-propagande bien plus que d’histoire proprement dite. Et voilà que coup sur coup, deux biographies sortent. De la volumineuse biographie des éditions Perrin signée Antoine Capet, je ne saurais rien dire, ne l’ayant pas (encore) lue. Je viens en revanche d’achever celle co-signée chez Economica par Daniel Feldmann et Cédric Mas. Premier constat de forme : les deux ouvrages ne visent pas le même objectif. Dans le cadre de l’explicite collection « Guerres et guerriers » d’Economica, Feldmann et Mas se proposent en moins de 200 pages d’offrir au lecteur non pas une biographie classique et « complète » mais une véritable analyse de la carrière et de l’oeuvre militaire de Montgomery : « Comprendre un chef militaire aussi complexe que Montgomery » insistent les auteurs en conclusion, « demande de voir au delà des travers de sa personnalité pour analyser sa carrière, ses opérations, ses méthodes et mettre en lumière ce par quoi il se distingue, à la fois en mieux et en moins bien ».

Monty IkeRédigé dans un style synthétique aussi simple qu’efficace, à quatre mains, l’ouvrage semble ponctuellement refléter des différences de rythme et de style qui peuvent occasionnellement dérouter mais qui ne nuisent en rien à la qualité d’analyse. On découvrira ainsi brièvement l’essentiel des jalons de la vie de ce « fils d’évêque » de milieu modeste mais éduqué, au caractère difficile et aux relations complexes, en particulier avec une mère dont il semble toujours rechercher, sans paraître l’obtenir, la reconnaissance ; une première carrière assez terne dans le maelstrom de la Grande guerre jusqu’au début d’une ascension pendant l’entre-deux-guerres largement due à un volontarisme et une ambition réaffirmée dans un contexte général de désillusion.

Bien sûr, l’essentiel de l’ouvrage est consacré aux différents (et très nombreux !) épisodes de la Seconde guerre mondiale où Monty tient un rôle allant de significatif à essentiel, à commencer par la campagne de France où il commande une division d’infanterie, abondemment illustrés de cartes simples mais claires, et face auxquels il faut parfois aux auteurs balayer très rapidement certains points que l’on aimerait approfondir. Les particularités de la « méthode » Montgomery infiniment plus axée sur l’organisation, l’administration et le maintien du moral de la troupe que sur les considérations d’ordre tactique, est parfaitement rendue et remise à sa juste (« étonnement moderne » et parfois sous-estimée) place parmi les grands exécutants de la guerre. Monty ne se concentre pas sur une arme, un théâtre d’opération ou un modèle tactique, mais bien sur l’art opératif « pur » tel qu’on l’évoque abondamment aujourd’hui.  D’Alamein au Rhin et à l’Allemagne en passant par la Tunisie, la Sicile, l’Italie du Sud, la Normandie, la finalement malheureuse mais impressionnante tentative de percée d’Arnhem ou la bataille des Ardennes où éclate tout le manque « d’empathie » de Monty lié à une fierté démesurée, l’on se plaît à redécouvrir la remarquable richesse d’une tumultueuse carrière marquée par des relations houleuses à exécrables avec la plupart de ses pairs américains et qui pour n’être pas toujours couronnée d’indiscutables victoires, ne l’est jamais non plus par de véritables défaites. La part de la postérité et du mythe est ici essentielle : « ses rares échecs, bien que sans lendemain, prennent le pas sur ses victoires définitives ».

Au final, et compte tenu d’un vide historiographique abyssal jusqu’ici, voilà un ouvrage d’histoire militaire tout à fait équilibré et de référence concernant l’un des acteurs majeurs de la Seconde guerre mondiale, que l’on peine à « aimer » mais dont on peut admirer ici la compétence et la maîtrise de « l’art militaire » sous un éclairage assurément renouvelé ; à compléter et à approfondir (et à confronter le cas échant) si l’on souhaite « creuser » le portrait de l’homme et de son temps proprement dits.

Feldmann (D) & Mas (C), Montgomery, Economica, Guerres et Guerriers n°27, 2014, 190 pages, 19€ – ISBN 978-2-7178-6699-5

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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