Guerre de Sécession : quand le Sud arme ses esclaves

GloryIl est bien connu que pendant la guerre de Sécession, l’Union a recruté dans ses rangs environ 180000 soldats noirs dans des unités distinctes, d’abord localement sur les territoires capturés de Louisiane ou de Caroline du Sud, puis à partir de 1863 de façon générale au sein de l’United States Colored Troops (USCT; les cinéphiles penseront au film, romancé mais emblématique, Glory).

Au delà de ces combattants proprement dits, les deux camps ont en outre utilisé massivement le travail des Afro-américains – au Nord, souvent les « contrebandes » échappés des états esclavagistes; au Sud, les nombreux  « serviteurs » accompagnant leurs « maitres » à l’armée –  dans ce que l’on appelerait aujourd’hui les services des armées : conducteurs, manoeuvres, fossoyeurs, cuisiniers, domestiques… 

Ce que l’on sait moins, c’est que la Confédération profondément rétive à l’idée même d’armer ceux qu’elle considère comme ses esclaves va pourtant s’y résoudre, tardivement, face à une situation militaire devenue catastrophique. En mars 1865, le gouvernement confédéré promulgue ainsi une loi autorisant ce qui était impensable seulement quelques mois auparavant : l’enrolement et l’entraînement de 300000 soldats noirs au sein d’unités combattantes.

Robert_E_LeeLes discussions ont été très vives pour en arriver à ce que beaucoup de sudistes considèrent comme une « extrémité » et une « révolution ». Un général confédéré d’origine irlandaise, Patrick Cleburne, avait brisé toutes ses perspectives d’avancement pour avoir seulement abordé la question et brisé le « tabou » en 1863. Mais au début de l’année 1865, le général Lee récemment nommé commandant en chef des armées confédérées a mis cette fois tout son poids et tout son prestige dans la balance non seulement en prônant l’enrôlement immédiat des Noirs, mais encore en plaidant pour un affranchissement immédiat des volontaires, celui de leurs familles dès la fin de la guerre, et même une abolition générale « progressive » sur tout le territoire, « ce qui arrivera certainement si la guerre se prolonge et sans aucun doute si l’ennemi la gagne ».

La loi de mars 1865 reste toutefois très ambigüe. Si elle assure l’entière égalité de traitement entre soldats noirs et blancs (habillement, solde, permissions…), elle met toutefois en avant l’indispensable accord des « maîtres » tout en passant sous silence la question de l’affranchissement, paraissant « entendue » dans les débats mais éclipsée lors de la rédaction du projet.

Lee couvLee parfaitement conscient que cette nouvelle « ressource militaire » ne pourra pas être disponible avant des mois, plaide néanmoins pour des expérimentations immédiates. Mais les mauvaises volontés locales et la situation militaire générale catastrophique rendent ces projets inopérants : seules deux compagnies noires sont levées par le gouverneur de Virginie à Richmond au cours des derniers jours de la guerre et ne verront pas le feu. On ne peut que conjecturer sur les suites de « l’expérience » et ses conséquences -militaires et sociales – si la guerre avait été prolongée quelques mois de plus…

Plus de développements sur cette question dans « Le General Lee, la légende sudiste » déjà disponible en pré-commande et à paraître chez Perrin le 17 avril. 

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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