La bataille de Gettysburg (Farid Ameur)

gettysburg-farid-ameur-9791021004337Spécialiste reconnu du XIXe siècle américain et notamment de la Guerre de Sécession, Farid Ameur vient de publier un Gettysburg, le choc de la guerre de Sécession, dans la collection l’histoire en batailles chez Tallandier. Le profil même de la collection indique l’intention d’offrir des monographies ramassées sur les principales batailles de l’histoire. Gettysburg (1er – 3 juillet 1863), peu connue du public français est l’emblématique point d’orgue de la guerre de Sécession; une bataille de rencontre autour d’une petite bourgade de Pennsylvanie marquant l’échec final de la plus ambitieuse (mais non la seule) tentative sudiste de porter la guerre au Nord dans l’espoir de mettre un terme au conflit par un « choc moral » porté aux « Yankees ». La bataille voit s’affronter pendant trois jours la crème des forces des deux belligérants : 75000 hommes de l’armée confédérée de Virginie du Nord de Robert Lee face à 90000 Nordistes de l’armée du Potomac de George Meade. On évoque souvent les armées « d’amateurs » de la guerre de Sécession. Ce qui était vrai en 1861 ne l’est plus guère en 1863 : on a là, pour beaucoup, des vétérans rompus aux fatigues de plusieurs campagnes conduits par un noyau d’officiers supérieurs professionnels et de cadres subalternes professionalisés « sur le tas ». Au plan événementiel tout autant que symbolique, Gettysburg a assurément sa place parmi les jalons militaires essentiels de son siècle.

L’ouvrage s’adresse à un large public et de ce point de vue, celui de la quasi totalité des lecteurs français, compte tenu du peu de livres consacrés au conflit dans la langue de Molière et de Richard Virenque, l’opus de Farid Ameur remplit parfaitement son objectif : le récit est enlevé et va à l’essentiel en présentant parfaitement le déroulement de la bataille, ses acteurs ses enjeux et son contexte le plus large, non seulement la critique année 1863 mais l’ensemble du conflit « sectionnel », ce qui n’est pas une mince performance. Au plan de l’histoire militaire proprement dite, l’ouvrage répond aux spécificités de la formule de cette collection qui fait tout à la fois sa force et ses limites. On se contentera donc pour l’essentiel d’y survoler les événements et le champ de bataille plutôt que de les « disséquer », aidé d’ailleurs de peu nombreuses mais très jolies, claires et lisibles cartes.

Le choix du sous-titre « le choc de la Guerre de sécession » est heureux, plus peut-être que la description de la quatrième de couverture évoquant son « tournant ». Car si Gettysburg est bel et bien un choc militaire de premier ordre, devenu à lui seul le symbole de la guerre elle-même, un « test de virilité » entre les deux faces de l’Amérique en guerre contre elle-même, la vision consistant à voir une véritable « bascule » autour de ces trois journées de carnage en Pennsylvanie mérite d’être infiniment nuancée. Au plan stratégique, Gettysburg n’a ainsi pas la signification qu’on lui a souvent prêtée. Elle représente un jalon psychologique et « mémoriel » majeur mais ne modifiant pas en profondeur les équilibres, pas plus d’ailleurs qu’aucune autre bataille de cette guerre de « transition » entre la période militaire « napoléonienne » et celle dite « moderne »; guerre où l’on meurt bien plus de maladie dans les hôpitaux de campagne insalubres que d’une balle sur le champ de bataille proprement dit. Si l’on cherche un événement parallèle marquant une véritable rupture stratégique, bien plus que la bataille de Gettysburg, on le trouverait plutôt dans la chute de la forteresse de Vicksburg donnant le contrôle du fleuve Mississippi à l’armée fédérale et coupant la Confédération en deux fractions isolées. A ce titre, là encore format de l’ouvrage oblige, l’entame du chapitre VI faisant débuter « l’agonie de la Confédération » au sortir de la bataille apparaît donc comme un raccourci ne rendant pas tout à fait justice à la complexité des deux dernières années du conflit, préfigurant par certains aspects la Première guerre mondiale.

Au delà de cette petite réserve, on a là un bon, agréable et utile récit de synthèse à conseiller vivement pour une première approche globale et bien contextualisée d’un épisode majeur de l’un des conflits majeurs du XIXe siècle, aux répercussions immenses sur l’histoire mondiale. Et pour cause, les Etats-Unis « modernes » y sont « nés ».

Ameur (F), Gettysburg, 1er-3 juillet 1863, L’histoire en batailles, Tallandier, 2014, 200pp // ISBN 979-1021004337

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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