La bataille comme facteur de rupture par l’exemple : Fontenoy

J Fouquet battle-of-fontenoy-en-puisaye-in-841Exemple du sens de « l’histoire-bataille », ou de la bataille comme élément de rupture historique : Fontenoy.

Et non, il y avait un piège, il ne s’agit pas ici de la célèbre bataille près de Tournai en 1745 où Louis XV joue pour la dernière fois les « rois de guerre » dans les jupes du Maréchal de Saxe (le légendaire et voltairien « Messieurs les Anglais, tirez les premiers… »), mais celle de Fontenoy-en-Puisaye (Yonne) 900 ans plus tôt (à un poil près).

Qui se souvient de ce « grand et rude combat […] sur les bords d’une petite rivière de Bourgogne » (Nithard), de cette rouste fondatrice collée le 25 juin 841 par Charles (le Chauve) et Louis (le Germanique) à leur aîné Lothaire revendiquant l’Empire, un an après la mort de papa, (l’Empereur Louis le Pieux), et vingt-six après celle de papy (Charlemagne), et orientant mine de rien tout le destin de l’Europe ?

Tout étant ainsi rompu, au point du jour, Louis et Charles levèrent leur camp, et occupèrent avec le tiers de l’armée le sommet d’une montagne voisine du camp de Lothaire ; ils attendirent là son approche, et à la deuxième heure du jour, comme leurs hommes l’avaient juré, les deux armées étant en présence, un grand et rude combat s’engagea sur les bords d’une petite rivière de Bourgogne. Louis et Lothaire en vinrent vaillamment aux mains dans un lieu nommé les Bretignelles, et là Lothaire vaincu prit la fuite. La portion de l’armée que Charles attaqua dans un lieu nommé le Fay s’enfuit aussitôt ; celle qui était près du lieu de Goulenne soutint vaillamment le choc du comte Adalhard et d’autres auxquels, avec l’aide de Dieu, je prêtai un utile secours. Les deux rois furent donc vainqueurs. Enfin, tous ceux du parti de Lothaire s’enfuirent.

Nithard, histoire des dissensions des fils de Louis le Débonnaire, livre 2.

Un an plus tard, les deux frères rivaux mais victorieux s’échangent des serments à Strasbourg, nous apprenant que oui, déjà, on ne parle plus la même langue de part et d’autre du Rhin et que non, on est plus tout à fait du même monde. En 843, à Verdun, on se résout à se partager en bonne et due forme le vieil Empire hérité de Charlemagne en le tronçonnant en trois parts d’Est en Ouest. Quelle voie parallèle aurait pris l’Europe avec un Lothaire victorieux à Fontenoy ? What if ? On ne le saura jamais. 

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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