Un grand cri d’amour !!!

Voilà ce que m’évoque ce matin le lieutenant-colonel Rémy Porte, ou plus exactement (allons, allons mon garçon, modérons nos élans et sachons raison garder malgré tout :)) son  billet d’humeur intitulé « Vive la retraite ! » et publié ce jour sur le blog Guerres et Conflits.

Ce billet m’a instantanément évoqué un maître qui, un jour où l’un de ses étudiants avait osé esquisser une interprétation personnelle, avait répondu par un cinglant « contentez-vous d’apprendre et de citer, vous pourrez penser par vous-même plus tard. Passé quarante ans ». Bien sûr, le ton employé par le docte enseignant quadragénaire traduisait l’ironie complice bien plus que la rebuffade. Le symptôme n’en était pas moins patent.

Pas grand chose donc à ajouter pour ma part à l’article de Remy Porte si ce n’est que sans vouloir verser dans un quelconque jeunisme, misérabilisme ou antiparisianisme outrancier, le juste constat pose de façon induite – plus encore que la question du simple « renouvellement des cadres » – celle de l’ouverture, de la variété, de la fluidité et même de la répartition géographique des centres de pouvoir (politique, économique, intellectuels, médiatiques…) dans notre (malgré tout) beau pays.

L’ultra concentration présente en effet bien des conséquences néfastes lorsque tous (ou presque) les « grands » acteurs et décideurs du savoir ainsi que les relais médias conventionnels ont tendance à se figer dans quelques arrondissements parisiens et communes limitrophes voire, en infimes modèles réduits mimétiques, dans quelques beaux quartiers de l’une ou l’autre des improbables « métropoles d’équilibre ». Où quand l’intérêt et l’ego (air connu) rejoignent la facilité et une certaine forme de complexe  de centralité… (et à complexe, complexe et demi, je vous vois venir 😉 )

Pas d’excès là non plus, ce travers mérite évidemment des nuances et n’est pas strictement français mais avouons que nous avons su sous diverses formes au cours de notre histoire le hisser au rang d’art. En cette ère technologique  marquée par l’instantanéité de l’information et des échanges les plus lointains (mais qui, ô paradoxe, participe tant et plus à la dévalorisation des oeuvre de l’esprit), cette spécificité microcosmique s’apparente chaque jour un peu plus à l’expression moribonde d’un temps révolu. Ça va (un peu) mieux en le disant.

Sur ce, café (bas de gamme, mais bien corsé :)).

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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5 commentaires pour Un grand cri d’amour !!!

  1. le lecteur dit :

    Tiens, cela m’a fait découvrir un autre blog. Incroyable son rythme de publication, d’ailleurs !

    • Cliophage dit :

      Quand on peut faire plaisir…
      Rythme et qualité, par l’un des rares chercheurs en vue se prêtant au jeu de l’échange qui plus est sur un mode constructif.

  2. PORTE dit :

    Merci d’avoir fait écho à ce billet d’humeur. Très sincèrement, je pense qu’il y a là une vraie difficulté pour aujourd’hui certes (situations individuelles) mais pour l’avenir aussi, et de plus en plus (appauvrissement intellectuel collectif). Si nous pouvons, ensemble, « secouer le cocotier » pour aider nos cadets…
    Amicalement.
    REMY

    • Cliophage dit :

      Bien d’accord avec votre constat en forme d’alarme, les humanités se meurent, leur « valeur » s’effondre à tous les sens du terme et les relais médias importants ne fonctionnent plus que par à-coups, en circuit fermé et sur la base d’une exploitation ad nauseam des « filons » ayant déjà « donné » au détriment de toute « prospection » nouvelle.

      Je rattacherais d’ailleurs ce phénomène court-termiste à oeillères à une autre évolution sociétale beaucoup plus globale que le seul cadre des jeunes chercheurs et que l’on peut décliner à tous les domaines : un fossé croissant entre les positions « installées » et verrouillées en tous genres et les autres, précaires de tous ordres, qui servent chaque jour un peu plus aux premières la fois de facteur de flexibilité et de variable d’ajustement à discrétion, que l’on soit d’ailleurs trop « junior » (facteur ô combien aggravant) ou pas (et croyez que je connais beaucoup trop bien le problème).

      Bref, trop vaste débat ici.

      Merci encore une fois de votre initiative, espérant de tout coeur qu’elle invite certains acteurs influents à s’interroger véritablement sur ce sombre avenir collectif. Quant à moi, que faire de mieux qu’offrir cette très modeste caisse de résonance…
      Amicalement
      V.B

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