Marines contre Marines, 1861-1865 : Semper fidelis ? Fere…

Puisque nous évoquions il y a peu les Marines (cf. le post précédent), restons-y. Tels Kramer contre Kramer, Rose contre Rose, César contre Pompée, Spy vs Spy, KGB contre CIA  (et il vaut mieux cesser là l’énumération…), les Marines des Etats-Unis connurent leur heure de déchirement interne. Comme on peut s’y attendre, celle-ci eut lieu au cours de la Guerre de Sécession, qu’Outre-Atlantique on connait comme The Civil War, la guerre civile; ce qui au passage en dit long quant aux différences de perception de ce conflit à tous points de vue fondateur entre « ici » et « là-bas ».

Détachement des US Marines à Washington en 1864

Le corps des Marines, l’USMC pour United States Marine Corps fut créé de façon définitive en 1798 après une première proto-existence sous le nom de Continental Marines pendant la Guerre d’indépendance, entre 1775 et 1783. En 1861, l’USMC ne compte guère que 2000 hommes pour l’essentiel répartis en petits détachements embarqués à bord des navires de guerre de l’Union et quelques forts de la côte Est. La comparaison avec le corps amphibie interarmes de presque 200000 « nuques de cuir » qu’il constitue aujourd’hui est bien lointaine mais la troupe est alors déjà réputée pour les nombreux faits d’armes dont elle a été créditée au cours de ses premières décennies d’existence. En 1859, c’est essentiellement un détachement de 86 Marines, sous le commandement de circonstance du colonel Robert E. Lee, qui prend d’assaut, épisode fameux de l’histoire américaine, l’arsenal d’Harper’s Ferry capturé par le petit groupe de l’abolitionniste John Brown.

Tenue des Royal Marines au milieu du XIXe siècleLors de la sécession progressive des états du Sud qui s’étale entre décembre 1860 et mai 1861, la première question qui se pose aux nouvelles autorités est la constitution de forces armées aptes à garantir leur indépendance. La nouvelle Confédération naît officiellement le 8 février 1861. Ses forces vont être bâties tout d’abord autour des milices des états plus ou moins constituées ainsi que d’une fraction non négligeable du corps des officiers de la petite armée des Etats-Unis : 286 des 1044 officiers d’active en poste début 1861, dont bon nombre des plus brillants, et quelques-uns haut placés dans la hiérarchie (2 des 5 généraux que compte alors l’US Army – David Twiggs et Joseph Johnston – et nombre de colonels ou généraux brevetés tels Robert Lee, Albert Johnston ou Samuel Cooper), vont ainsi peu à peu démissionner pour rejoindre ses rangs. Ils sont rejoints par quelques dizaines des 900 anciens brevetés de West Point retournés depuis à la vie civile.

A l’échelle du petit corps des Marines, le même phénomène se produit : 16 officiers, presque tous sudistes, dont le Major Tyler, qui en est le commandant en second, ainsi que le major breveté Terret, 3 capitaines, 7 lieutenants et 4 sous-lieutenants présentent leur démission pour rallier la Confédération, trahissant selon le point de vue nordiste leur serment d’allégeance au drapeau. Ils sont imités en cela par une centaine de sous-officiers et d’hommes du rang. C’est peu mais suffisant pour désorganiser l’USMC et créer à l’inverse un noyau solidement instruit d’une unité de Marines sudiste dont les effectifs proviendront essentiellement du volontariat et de l’amalgame de petites formations locales (dont les Marines de Virginie).

La chose est officialisée le 16 mars 1861 à Montgomery, en Alabama, première capitale de la Confédération. Le nouveau CSMC (pour Confederate States Marine Corps) doit comprendre à terme 45 officiers et 944 engagés (chiffre légèrement relevé à 1026 soldats par la suite). Il s’agit là de l’équivalent d’un simple régiment à plein effectif, soit dix compagnies d’une centaine d’hommes. Différence essentielle, alors que les effectifs de l’USMC sont constamment brassés en de petits détachement embarqués, les compagnies du CSMC forment des unités permanentes, adoptant un uniforme proche de celui des Royal Marines britanniques et troquant le fifre pour le clairon.

En avril 1861, l’unité s’installe à Drewry Bluff, interdisant l’accès de Richmond, nouvelle capitale sudiste, à la marine de L’Union sur le cours supérieur de la James River. Une fraction est détachée au port de Norfolk sur l’estuaire de la James, et plus précisément à l’arsenal de Gosport,  le plus important des Etats-Unis, précipitamment abandonné par les forces fédérales lors de la Sécession de la Virginie.

C’est le colonel Lloyd Beall, un Westpointer de la classe 1830 de 53 ans mais sans expérience de la mer (il  a suivi en France pendant deux ans les cours de l’école de cavalerie de Saumur !) qui est nommé en mai 1861 à la tête de l’unité par le ministre Stephen Mallory. Cette étrangeté, et quelques autres, vont conduire à divers problèmes d’organisation, de recrutement et de discipline ponctués de désertions et même d’épisodes d’insubordination. Le CSMC n’atteindra jamais les effectifs nominaux autorisés. En 1864, il n’atteint pas 600 hommes répartis en de nombreux détachements, embarqués mais surtout répartis le long des interminables côtes sous blocus de la Virginie au Texas en passant par Wilmington, Charleston, Savanah ou encore Pensacola.

D’une façon générale pourtant, et malgré ces difficultés et ce format au mieux « confidentiel », les Marines sudistes se révèlent des troupes fiables lorsqu’elles sont engagées, méritant de la part du ministre de la Marine le double qualificatif de « promptes et efficaces ». Globalement, les Confederate Marines participent à quelques épisodes emblématiques de cette terrible guerre civile. La compagnie C assiste ainsi les artilleurs du monstre cuirassé CSS Virginia lors de son mythique duel naval contre le petit USS Monitor à Hampton Road les 8 et 9 mars 1862. Vers la fin de la guerre, regroupé à Richmond  pour l’ultime défense de la Virginie, le CSMC participe à plusieurs engagements, jusqu’au tout dernier près d’Appomatox le 6 avril 1865, où au sein de la brigade navale du commandant Tuckler, il contribue à la dernière charge confédérée de l’Armée de Virginie du Nord de Robert Lee.

Les US Marines comptent parmi les premières troupes disponibles pour défendre la capitale et le gouvernement d’Abraham Lincoln

Quant à l’USMC, son caractère fractionné malgré là aussi des effectifs limités fera qu’on en rencontrera les fantassins et les artilleurs en de nombreux points du conflit, en général sous la forme de petits détachements. Ces troupes professionnelles se rendront tout particulièrement indispensables au cours des premiers mois de la guerre lors desquels le manque d’effectifs instruits est dramatique pour assurer la protection d’une multitude d’objectifs à portée des Sudistes : devant Washington, au fort Pickens face à Pensacola, ou encore lors de nombreux épisodes de la guerre navale. Un bataillon constitué combat également lors de la bataille de Bull Run (qui se solde par une cuisante défaite) en juillet 1861.

Pour un état de service détaillé du corps « officiel » à cette période, jusqu’à la symbolique Garde d’honneur détachée aux funérailles du président Lincoln assassiné en avril 1865, on trouvera une très intéressante chronique (en anglais) ici.

Les Marines : toujours fidèles selon la célèbre devise adoptée à la fin du XIXe siècle. Enfin, presque toujours…

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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