C’était en juin…

Affiche « A tous les Français » placardée à Londres le 3 août 1940, et dont le texte est souvent confondu à tort avec celui de « l’Appel » radiophonique passé le 18 juin sur les ondes de la BBC

La commémoration annuelle de l’Appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 reste l’occasion de rappeler qu’au cœur des plus grand désastres, rares sont ceux qui parviennent à voir plus haut et plus loin dans le brouillard de l’avenir.

Au delà de l’Appel lui-même, dont la genèse est bien plus complexe qu’on ne le pense souvent et qui existe en différentes versions (mais ce ne sera pas le sujet aujourd’hui), ce qui frappe en ce mois de juin 1940 est le décalage profond existant alors entre les raisonnements à courte vue – de bonne ou de mauvaise foi – et les rares personnalités connues ou anonymes, tous bords politiques confondus, percevant  la complexité  du monde et les perspectives politiques et géostratégiques à long terme; ou simplement si durement frappées dans leur chair qu’elles préfèreront l’exil et le sacrifice plutôt que la résignation.

« La guerre est une chose trop grave pour être laissée aux militaires » disait un Clemenceau assassin lors d’une de ses innombrables diatribes. Voire; juin 1940 présente cette caractéristique singulière de démontrer tout à la fois la justesse et l’inanité de ce jugement : c’est un militaire – et quel militaire ! – qui saisit à l’hiver de sa vie les rênes abandonnées d’une grande démocratie pour y agiter au nom d’une prétendue « Révolution nationale » des conceptions autoritaires, déclinistes, culpabilisantes et revanchardes qui allaient la faire sombrer dans la Collaboration et le crime. Mais c’est aussi un militaire qui contre toute vraisemblance, contre toute logique immédiate, pour ainsi dire contre tout et tous, rompt les digues de la subordination et ramasse le flambeau d’un combat considéré presque unanimement comme perdu.

De l’autre côté de la Manche, un homme presque aussi seul en cette fin juin 1940 l’accueille à bras ouverts. Lui aussi voit plus loin et plus haut que la plupart de ses contemporains. Au cœur d’une défaite d’une ampleur inimaginable quelques semaines plus tôt, à la périphérie d’une Europe presque entièrement sous la botte ou l’influence d’un nazisme et d’un fascisme en plein triomphe, deux personnalités aussi dissemblables que possible, un Français  général de brigade à titre provisoire en rupture de ban, et un Anglais, Premier ministre de circonstance et amateur de cigares et de whisky au delà du raisonnable évoquent leur certitude de la Victoire… Certes, comme dirait quelqu’un, la pente serait forte… mais la voie tracée droite.

De l’appel à l’Appel, dossier sur le site de la Fondation Charles de Gaulle

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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