« German bias » dans la presse d’histoire militaire… What else ?

Humeur du jour, parce que je le vaux bien et que certaines réactions de forums hautaines et épidermiques ont tendance, en ces journées froides et incertaines, à m’agacer. Ça me passera.

Au programme, le Deutsche Neigung (autant y aller franchement, un distingué germaniste pourra corriger le cas échéant), soit en termes plus châtiés la tendance de la presse (et de l’édition en général d’ailleurs) spécialisée en histoire militaire à privilégier les sujets se rapportant à l’Allemagne ou analysant les faits du point de vue allemand. Nous parlons ici pour l’essentiel de la 2e guerre mondiale, soit le gros du marché, ne nous leurrons pas.

Ce serait une tendance lourde, ad nauseam diront certains, rarement les acheteurs de la dite presse d’ailleurs. D’une certaine façon, le fait est indéniable. Relire la liste d’articles que j’aie pu écrire ces dix dernières années revient pour une part (mais une part seulement) à aligner une litanie de sujets à œillades plus ou moins marquées à de gros chars à croix noire, dont la simple évocation devrait en principe et selon le simple principe d’associations d’idées, provoquer chez tout un chacun un mouvement de recul, si ce n’est de dégoût. Or pour tout un tas de raisons objectives parfaitement défendables et peu suspectes d’une quelconque forme de sympathie pour l’Allemagne nazie, ce n’est pas le cas de la majorité des lecteurs qui, l’avouant ou non, en redemandent.

Mais point ici de justification politico-historico-morale au phénomène du point de vue du lecteur qui est d’ailleurs assez grand pour s’expliquer tout seul si l’envie l’en prend. Voir derrière chaque amateur d’histoire militaire ou simplement de grosses machines de guerre (et les Allemands furent des maîtres en la matière) un crypto-fasciste qui s’ignore est déjà en soi aussi stupide qu’insultant, mais ce serait également tout ignorer du rôle de l’esthétique dans l’histoire. Autre (vaste) sujet.

Passons donc. Non, c’est du point de vue auteur-éditeur que j’entends ici apporter quelque éclairage. De ce côté de la barrière, les raisons essentielles sont désarmantes de simplicité et se résument en deux termes liés : compromis intellectuel et survie économique.

Le premier terme recouvre ce que certains parangons de vertu s’évertuent à ignorer, sans doute pour n’avoir jamais, ou au mieux rarement, ouvert et lu les magazines incriminés : si la mise en « lumière » de sujets faisant la part belle à la machine de guerre allemande est souvent réelle, la simple consultation approfondie des sommaires suffirait – souvent – à démontrer qu’il s’agit là seulement d’attirer l’attention du lecteur potentiel et espérer l’emmener vers d’autres cieux.

Ce qui nous amène au second terme : l’économie. Que l’on soit éditeur en quête de sommaire à construire ou auteur en quête de pages à vendre, il n’y a pour l’heure pas vraiment d’échappatoire connue au fait de satisfaire la demande d’un lectorat majoritairement monomaniaque. C’en finit même par être paradigmatique : un magazine spécialisé 2e guerre mondiale ne se vend correctement (c’est à dire suffisamment pour payer les salaires et autres piges – généralement fort modestes – ainsi que les autres coûts de production – fort lourds – ) que si le bulldozer-motoculteur de couverture porte une croix noire. C’est la condition nécessaire (mais non suffisante, surtout en ces temps difficiles) de la survie économique. Petite caricature j’en conviens, mais destinée à enfoncer le clou : pas plus qu’une tomate savoureuse mais légèrement flétrie et approximativement rouge ne sera choisie par le consommateur pressé de préférence à une autre sans goût mais rutilante et sublime de régularité, un magazine consacré aux vicissitudes du Frontovik lambda sur le front de Rostov ou aux évolutions conceptuelles de l’art opératif ne sera préféré à un autre arborant un Tigre normand au 8,8cm malement dressé vers le ciel, fusse sa 3500e apparition sur les présentoirs.

Il y aurait des contre-exemples. Le conditionnel est volontaire. Il y en aura sans doute. Mais chaque tâtonnement coute cher et obère les comptes de l’éditeur et non ceux des critiques. J’aurais – ô combien – aimé que mon histoire du Pacte de Varsovie ou autre histoire des opérations amphibies connussent, entre quelques autres écrits qui me tiennent à cœur un autre succès que celui d’estime – fort appréciable au demeurant – de quelques spécialistes. Mais il est vrai que les réalités économiques ne s’imposent qu’à ceux qui les subissent.

Alors german bias ? Yes, a bit. So, what else ?

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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42 commentaires pour « German bias » dans la presse d’histoire militaire… What else ?

  1. Pour paraphraser un célèbre historien, on pourrait parler de « revanche posthume de la Wehrmacht », ou quelque chose comme ça.

    Je suis le premier à le déplorer, en général (lol), mais je dois bien reconnaître que l’argument économique joue à plein. Néanmoins, le constate ne me satisfait pas quand même, car cela montre bien qu’une historiographie adaptée n’a pas encore effacé l’héritage -lourd, massif, tout de noir et de runes vêtu- de la guerre froide et de ses compromis, au nom de la lutte contre « le péril rouge ».

    Cordialement.

  2. Cliophage dit :

    Bonjour Stéphane. Nous parlons là avant tout de devanture et mon propos comme je l’ai souligné est un « poil » caricatural quoi qu’il en soit. Mais l’héritage de la guerre froide joue en effet toujours son rôle, tout comme d’ailleurs l’héritage direct de la propagande nazie elle-même et de ses obsessions pour la mise en scène, les grosses chenilles et autres « armes miracles ». Mon propos est avant tout d’humeur (et ne vise personne en particulier, quelques remarques vues ça et là tout au plus, une en particulier évoquant « l’infréquentabilité » supposée de tel ou tel).
    Il est désespérant, pour l’auteur comme pour l’éditeur, de devoir si souvent se résigner à annuler ou au mieux à noyer des projets « audacieux » face à la déconcertante régularité de résultats médiocres dès que l’on sort des sentiers trop battus des grandes batailles de chars 43-45 ou des sempiternels portraits de nazis patentés. Le fait que « l’historiographie adaptée » peine autant à émerger est sans doute ici au moins autant une conséquence qu’une cause. Mais il ne faut pas (toujours) s’arrêter aux titres.

  3. Je suis bien d’accord : ne pas s’arrêter aux titres, d’autant plus qu’on débusque de toute manière assez vite les admirateurs nostalgiques du IIIème Reich (à part quelques-uns un peu plus malins et retors).

    Quant à l’historiographie, il est fort probable qu’elle peine encore pendant plusieurs décennies pour faire inverser la balance. Car l’autre point de vue a eu les 40 ans de la guerre froide ou presque pour s’installer : ceci explique aussi cela… en somme, en France, le combat commence tout juste.

    Cordialement.

  4. PORTE dit :

    Juste un mot pour vous dire que, partageant sous de nombreux points au moins votre constat, j’ai relayé votre « billet » ce matin sur GUERRES ET CONFLITS (http://guerres-et-conflits.over-blog.com/), Il est effectivement très difficile de faire comprendre à un éditeur qu’un « autre » sujet peut aussi être rentable…
    Amicalement.
    PTE

    • Cliophage dit :

      Bonjour et merci de votre intervention et du relais de mon billet qui m’honorent.
      Mon intervention visait toutefois et avant tout à expliquer le pourquoi de cette orientation du point de vue du « producteur ». Que d’autres sujets puissent être rentables, certainement, mais la frilosité de l’éditeur de presse est généralement – hélas – économiquement justifiée et le recours plus ou moins appuyé à un « german bias » que je qualifierais d’apparat quasi indispensable. J’ai connu assez de déceptions en la matière pour ne pas avoir beaucoup d’illusions; les « bonnes » surprises sont rares et chaque « sortie de piste » est un risque considérable.
      Sur ce, je retourne aux rapports d’opérations de l’AOK 14 😉

  5. Bir-Hacheim dit :

    Mon soutien évident à ce post. Aller au delà des couvertures me semble bien le minimum pour discuter du sujet. La critique sur Los ! avant même le premier numéro m’a paru l’exemple type en effet. Le problème des forums est avant tout l’anonymat derrière lequel un certain nombre se cache pour énoncer des sentences parfois définitives et parfois vulgaires et blessantes inutilement. Désolé du manque de succès du numéro consacré à l’histoire des opérations amphibies. C’est un vrai travail de fond, quasiment un ouvrage… bien illustrée en plus…

    • Cliophage dit :

      Merci, j’apprécie le compliment à sa juste valeur 😉
      Ce genre de déception est d’ailleurs à rapprocher de la relative raréfaction des sujets contemporains hélas qui peinent (c’est un doux euphémisme) à émerger dans l’échelle des centres d’intérêt du lectorat « global ».
      Quant à Los !, le lancement est en effet typique des recettes qui ont démontré leur efficacité, ou tout au moins permettent de limiter la casse le cas échéant. Les mises en cause de principe sont là encore habituelles. Impossible de faire comprendre à certains que les « baby-carrier » ou les navires argentins en couverture plomberaient un lancement aussi surement qu’une salve de long lances un croiseur de l’ABDA (c’est ma grande semaine de la métaphore, profitez-en :))) ) Mais ces sujets aussi sont présents et ont toute leur place. C’est là l’essentiel je crois.

      • Bir-Hacheim dit :

        C’est bien là lkune des qualités principales des productions des éditions Caraktères. La série d’articles sur les blindés de l’USMC par exemple a été très intéressante également.

    • lannes dit :

      Je viens de lire « panzerporn », ça vole vraiment pas haut tout ça.

      • Cliophage dit :

        Merci de chercher à augmenter l’audience du blog qui, étrangement depuis 48 heures n’en a d’ailleurs aucunement besoin, par quelque mot-clef adéquat 😉

        Je plaisante bien sûr. Pour le reste, tout ce qui est excessif… (air connu)

  6. Sur quels forums en particulier ce débat prend-il un tour si virulent (je n’en fréquente plus depuis un certain temps) ?

    • Bir-Hacheim dit :

      Personnellement, j’observe ce phénomène sur les forums de wargame francophones; principalement Strategikon mais aussi un peu sur L’Estafette.

      • Lannes dit :

        Et sur celui du QG quartier général avec le terme putassier que je déteste.

      • Un membre du QG dit :

        Il y aussi évidemment une part d’humour à employer volontairement ce terme provocateur. On n’est pas obligé de prendre toujours tout au sérieux tout le temps…

      • Chenillard US dit :

        Mais d’un autre côté fréquentait vous les forums d’histoire militaire ?
        Je crois aux règles de l’offre et la demande… Les éditeurs sont partis sur des postulats de base. Ils croient que leur lectorat est plus intéressé par le panzer que par le sherman… Et donc ils vendent du panzer… Habituant leurs lectorats à ce type d’articles…. Qui en redemande… La boucle est bouclée… Ils ont créé un type de demande avec leur offre… Je comprends que pour eux aujourd’hui il est difficile de sortir de ces schémas !
        Je suis désolé mais je supporte de moins ce type de démarche commerciale qui pour moi ne correspond pas totalement à une réalité…
        Cela me rappelle un peu une autre revue qui n’écoutait plus son lectorat.. Les réalités économiques les ont obligés à bouger…

      • Bir-Hacheim dit :

        @Chenillard US: (je t’ai reconnu, Antoine ! ;-)): pour les forums, je me suis arrêté au wargame. Pas le temps ni l’envie d’aller sur d’autres plateformes dont l’anonymat me dérange assez, tu le sais. Pour revenir aux dites revues, tout du moins celles que je lis, y a autant de sherman que de panzer, même s’il y a plus de panzer en couv… C’est justement ce qui m’intéresse dans ces revues car, élevé au panzer dans une vie antérieure, maintenant je découvre plein de choses sur les sherman (entre autres…) ! 😉

    • Lafrite dit :

      Rien de sérieux, juste un forum de jeux à l’ambiance bon enfant. La majorité des participants n’ont aucune ambition de prescription au niveau des lectures.

  7. Lefebvre Denis dit :

    Ne sombrons pas dans le pessimisme. Ado, je fus également attiré par les fascinantes machines de guerre teutonnes. Depuis ma bibliothèque regorge de livres de l’Antiquité à nos jours sans aucune croix ni rune. Prenons les couvertures noires runiques pour un produit d’appel vers d’autres « saines » lectures. J’en veux pour preuve mon fils de bientôt 13 ans, ataviquement attiré également par les fascinants uniformes noirs et les Panzers ronronnant, aujourd’hui il lit tout magazine ou livre d’histoire qui meublent la maison.
    Denis Lefebvre (as Queribus sur le cité Strategikon)

  8. le lecteur dit :

    Content d’avoir découvert ce blog.

    Ceci dit, déconcerté par cette note d’humeur, dont l’objectif m’est obscur.

    Alors quoi, les éditeurs ont bien conscience qu’il est des sujets différents et fort intéressants, mais vous comprenez, on les met en effet dans nos pages, mais jamais en couverture. C’est que pour espérer que le lectorat parvienne à lire nos pépites, on est obligé de l’attirer avec du gros panzer noir. Oui, on sait que c’est mal, mais lisez donc attentivement nos sommaires, vous verrez qu’on parle de plein d’autres choses. Et puis après, c’est pas de notre faute, hein, c’est « le marché » / « la demande » qui sont comme ça.

    Le B-A-BA de l’édition, c’est dont de tromper le lecteur…? De promettre du gros panzer en couverture pour espérer refourguer du frontivik rostovien ou de l’art opératif ? Et vous croyez que le public s’y laisse prendre longtemps…?
    Non, revenons sur terre: il faut pour durer, en édition comme dans n’importe quel autre domaine, de la cohérence. L’argument « je vous promets du noir mais en fait vous allez trouver toutes les couleurs » est juste mauvaise foi. Pour tenir, celui qui promet du noir doit fournir du noir, et sans arrêt. Seul moyen d’avoir une marque, de générer un lectorat fidèle.

    Pour le dire autrement: il n’y a aucune excuse à aligner les sujets à « German biais ». Prétendre « on n’aime pas ça mais on est bien obligé », mon cul.

    • Cliophage dit :

      Bonjour. Revenons sur terre en effet. Que voulez vous que je vous réponde ? J’ignore quelle est votre expérience en la matière mais pour ma part, ayant rédigé 100 ou 200 articles (je n’ai jamais compté) et plusieurs hors-série sur des sujets très divers et surtout ayant par le passé vécu et participé activement de l’intérieur à la naissance, l’installation et la croissance de plusieurs titres, tout ce que je peux vous dire est que vous vous trompez lourdement, que ce soit de bonne ou de mauvaise foi.

      Outre leur intérêt propre intrinsèque (nier au plan militaire le pan allemand de la 2e GM reviendrait à évoquer l’Empire sans la France la Renaissance sans l’Espagne ou l’Antiquité sans Rome), la relative surexposition de ces sujets est jusqu’à aujourd’hui et jusqu’à preuve du contraire un élément déterminant de la rentabilité de ces titres. Ce qui serait inadmissible serait évidemment un traitement biaisé ou complaisant au plan historique ce qui n’est évidemment et heureusement (sauf exception, toujours possible) pas le cas. Vous le sauriez en les lisant; ou tout au moins pourriez vous baser vos critiques sur des éléments concrets et non des mises en cause de principe.

      Cette réalité est parfois aussi frustrante pour les auteurs que les éditeurs, les uns et les autres parfaitement fréquentables – pour ceux que je côtoie tout au moins – mais c’est ainsi.
      (Vous pouvez remettre votre slip)

      • le lecteur dit :

        Si je ne connais pas la réalité du marché, en termes de vente, je me rends bien compte qu’il y a une croyance établie sur ce qui fait vendre et ce qui fait moins vendre. On le dit moins, mais je me rends aussi compte qu’il n’y a pas grand problème pour trouver des auteurs sur les panzers noirs.

        Vous connaissez l’expérience des singes et du jet d’eau? (http://paws.kettering.edu/~jhuggins/humor/banana.html). On est peut-être juste dans cette situation, attendant que quelqu’un, enfin, ait le courage de faire autrement. Peut-être d’ailleurs ce quelqu’un est-il Guerres & Histoire.

  9. boudi dit :

    Le problème c’est peut-être que vous risquez fort la surenchère entre éditeurs, et j’attends avec crainte la première couverture sur « la chienne SS de Buchenwald » pour vendre du papier, un peu comme les Italiens (pas tous heureusement) vendaient du VHS dans les années 70…. C’est une dérive que les lecteurs ne devraient pas cautionner. Ras le bol des SS en premières pages. Je vous rappelle au minimum que la Das Reich a brûlé Oradour, alors un peu de respect et de retenue SVP.

    • Cliophage dit :

      Oui enfin il ne faudrait pas en rajouter trop non plus. Et je rappelle au passage quand même que je ne suis pas éditeur, encore moins responsable de tout ce qui se fait ou fera en la matière et qui peut en effet dépasser les bornes et que la qualité des publications n’est évidemment pas uniforme.
      En matière de respect et de mémoire certaines de ces publications n’ont aucune leçon à recevoir. C’est par exemple parfois en « serrant » les unités incriminées au plus près que l’ont fait beaucoup pour rappeler, quand ce n’est pas tout simplement révéler, un certain nombre de crimes – notamment à l’Est, grande oubliée ou les Oradour se sont comptés par centaines si ce n’est milliers. Évoquer les « zabralisations » de la LVF à l’Est, le parcours sanglant de la TK en France en 40, de la Wiking à l’Est en 41 de la DR en France en 44 ou d’un tas d’unités de la Wehmacht d’ailleurs, est fort difficile lorsqu’on refuse d’aborder le sujet.

      • Bir-Hacheim dit :

        Je suis curieux de savoir, pour chaque contributeur, qui lit quoi, plus ou moins régulièrement, des différentes magazines. Pour ma part, tous les numéros des champs de bataille, batailles & blindés et lignes de front depuis environ trois ans. What else ? 😉

  10. Lannes dit :

    J’aimerais bien savoir comment peut-on dire que le lectorat est plus attiré par les panzer que les chars US ou soviétiques par exemple. Y a t’il des sondages, des enquêtes qui permettent d’axer telles ou telles publications vers tels ou tels sujets ?

    • Bir-Hacheim dit :

      Il semblerait que la couverture influence plus que sensiblement les résultats de vente….

      • Cliophage dit :

        Oui c’est absolument indéniable, et je parle d’expérience. Pas question de citer de chiffres mais l’impact n’est pas du tout de l’ordre du marginal mais d’un niveau suffisant pour transformer en deux ou trois numéros un magazine rentable en une catastrophe financière. Ce n’est pas une science exacte bien sûr, ça varie entre les publications et il peut parfois y avoir de bonnes surprises mais elles sont rares.

      • Bir-Hacheim dit :

        Dommage quand on fait un numéro sur les opérations amphibies, c’est clair que ce n’est pas simple pour être « pro german bias »… 😉

    • Yannis Kadari dit :

      Les résultats en kiosque le montrent, et ce sans appel. On peut en dire ce qu’on veut, mais c’est une réalité. Un exemple ? TnT hors-série sur les panzers : 6 000 ventes en kiosque. Le même sur les matériels alliés : 2 995. Idem pour les numéros bimestriels. Les livres ? Mon Patton publié par Plon-Perrin se vendra deux fois que le Hitler dans la même collection, c’est une certitude.

  11. Lannes dit :

    Ah oui quand même !!!! Mais je pense pas que ça soit un cas typiquement français, quand je surf sur différents sites anglo-saxons (livres, figurines, jeux) il y a aussi pas mal de matériels allemands.

  12. boudi dit :

    Un témoignage intéressant aujourd’hui sur le forum du QG : les couvertures en kiosques ce mois.
    http://www.leqg.org/forum/viewtopic.php?f=22&t=12351&start=15 (4ème post en partant du bas de la page)
    C’est ahurissant. L’expression « Panzerporn » dans toute sa « splendeur ». Un éditeur va même jusqu’à rajouter en surimpression deux croix gammées (deux !) sur sa couverture, mais ses confrères ne font pas mieux : 6 couvertures, 6 couvertures « Wehrmacht ».
    C’est plus de la presse historique, c’est « Détective » version svastika. Des torchons nauséabonds.

  13. Cliophage dit :

    C’est, encore une fois, le symptôme d’une crise profonde où les éditeurs ne peuvent se permettre le moindre risque financier, et vont vers ce qu’ils savent attirer l’attention du lecteur infiniment mieux qu’autre chose. Que cette réalité puisse parfois aller jusqu’à l’outrance ou le mauvais goût selon les sensibilités, soit, mais la juxtaposition de ces différentes publications devrait répondre d’elle même à la question posée : Ces gens ne sont pas masochistes et n’attendez d’eux – ceux qui survivront – qu’ils se sabordent et mettent leurs employés au chômage pour vous faire plaisir. Les arguments ont été présentés, chacun pense ce qu’il veut. Je regrette, très sincèrement, et sans doute autant que vous, une telle uniformité marketing, mais je ne peux que la comprendre pour en connaitre les effets économiques directs.

    Reste encore une fois le contenu (forcément dissociable, du contenant, si si, sauf à nier l’essence même du marketing et de la publicité). Je suis l’auteur d’ailleurs du dossier de couverture du premier « torchon nauséabond » présenté sur votre lien (pas de la couverture, entendons nous, responsabilité d’éditeur qui hélas n’a pas grande marge de manœuvre quoi qu’on en pense). Un intervenant du QG a le bon sens de souligner que «  »l’intitulé de la couverture du premier est intéressant, reste à espérer qu’il sorte du classique « production insuffisante face aux hordes bolchéviques sans intelligence » et mette en évidence les grosses lacunes stratégiques de la Wehrmacht. » »

    Évidemment qu’il le fait ! Encore faut-il le lire pour le savoir et éventuellement, juger et critiquer sur pièce.

  14. Bonsoir. J’arrive un peu après la « bataille » mais la question posée par Lannes m’intéresse : retrouve t’on le même phénomène à l’étranger ? Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne notamment ? Ou bien est il seulement « franco-français » ?

    • Bir-Hacheim dit :

      En fait la question du « german pro bias », comme son nom l’indique est devenu un sujet évoqué par les forums de wargamers depuis la sortie d’un article dans la revue « Battles Magazine » l’année dernière, je n’ai pas le nom de l’auteur en tête. Il posait la question au sujet des titres, couvertures, thèmes des wargames particulièrement sur le front de l’est durant la seconde guerre mondiale. En fait, ce qui ressort principalement c’est que la guerre froide a engendré le concept car les soviétiques étaient l’ennemi alors que la bundeswehr montait en puissance. Fallait avoir un oeil plus « firendly » sur l’armée allemande renaissante, l’alliée… Y a plus à dire mais là c’est un bon début ! 😉

  15. Nicolas PONTIC dit :

    Bonjour à tous,

    J’arrive vraiment après la bataille, mais je me permets cette petite note pour apporter mon soutien aux arguments de Cliophage. En tant que rédacteur en chef de deux (!) revues sur la Seconde Guerre mondiale, il a des choix à faire pour survivre et donc pour vendre. Nous sommes nous mêmes (les éditeurs et rédacteurs en chefs) parfois affligés de devoir faire du « Panzer » ou de l' »Allemand » pour vendre, encore et encore, mais il s’agit d’une nécéssité économique évidente, sur laquelle je ne reviendrais pas, Cliophage et M. Kadari l’ayant détaillée.
    Le dernier numéro 44 de notre revue « 2e Guerre mondiale » est en effet affublé d’un Hitler et d’une croix gammée (les deux ne sont-ils pas associés ?), mais sans y regarder de plus près, les autres articles sont tous très loin du sempiternel « tout allemand » que l’on peut trouver chez d’autres éditeurs, et il n’est pas difficile de le voir : toutes les autres entrées sont plutôt lisibles sur la couverture.
    D’ailleurs, des auteurs de la revue, universtaires, journalistes et amateurs éclairés, ont salués l’évolution de cette dernière quant au contenu, car ils savent aller au delà de la couverture et faire une critique globale.
    Cependant, je lis les critiques de toutes provenances. Manifestement, les macarons à croix gammées qui ornent les couvertures depuis quelques temps (et qui ornent ou ornaient il y a encore peu, de nombreuses revues, même les plus respectables comme Ligne de Front), choquent une partie du lectorat. C’est pourquoi je vais réfléchir à une autre solution, moins sensible.
    Ceci étant, il faudrait être naïf pour croire que l’on devient nazi par ce que l’on voit une croix gammée sur une couverture et, d’autre part, cette croix est le symbole d’un mouvement historiquement important (pour les raisons que l’on connait) et donc légitime sur la couverture d’une revue d’histoire. Aseptiser l’histoire au delà du raisonnable reviendrait à une hypocrisie et une méconnaissance historique certainement autant, si ce n’est plus, dangereuse que de mettre « trop » de sujets « Allemands » : cela dépend de la façon de traiter le sujet.
    Cela étant souligné, il est vrai que la profusion de titres de plus en plus « racoleurs » brouille un peu les pistes et finit par banaliser un sujet pourtant incontournable à plusieurs niveau (mais pas unique ! Pour donner un exemple, le Débarquement côté Alliés est aussi vendeur que le Panzer de Koursk). Il faut donc savoir raison garder et faire en conséquence.

    • Bir-Hacheim dit :

      Un article sur le « biais teuton » dans la dernière livraison (#7) de Guerres & Histoire.
      Bon courage aux éditeurs, ils en ont besoin ! Bon, je retourne à mon panzer, j’ai encore de la steppe à couvrir, moi ! 😉

      • Cliophage dit :

        Bis repetita placent 🙂
        Au compteur, 38 commentaires sur ce fil, 0 pour les Marines. Le GB a encore frappé 😉

    • Cliophage dit :

      Bonjour Nicolas, merci de ce point de vue et bienvenue sur ce blog.
      Comme il fut dit, débattu et répété, l’équilibre éthique / économie n’est pas aisé à trouver et il n’y a guère de formule parfaite. Mon petit doigt (ainsi que son cousin germain de la main gauche) me rapportent que ces discussions (parfois un peu houleuses, ici et ailleurs) ne sont pas vaines et alimentent utilement les réflexions de différents acteurs de notre petit monde. Excellente chose.

  16. Bir-Hacheim dit :

    Soit dit en passant, j’ai été impressionné par le tirage moyen des Mabire: 37.000 exemplaires. Un rêve d’éditeur, ça ! 😉

  17. Bonjour Nicolas,

    Votre propos complète ce qui a déjà été dit.
    Comme quoi le hasard fait bien les choses : je fais le tri dans mes revues et j’ai ressorti un ancien hors-série de 2nde Guerre Mondiale et consacré… à l’Armée Rouge, de votre plume il me semble. Et tout à fait intéressant sur le sujet, bonne introduction générale (j’en suis à la marine).

    J’essaierai d’acheter le dernier numéro de la revue pour voir l’évolution que vous décrivez.

    Cordialement.

  18. Nicolas PONTIC dit :

    Bonsoir Stéphane,

    Merci pour ce commentaire.Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sujets « Armée Rouge » ne sont pas les moins attractifs pour les lecteurs. Je pense que cela vient en particulier d’une réhabilitation générale découlant des travaux, entre autres, de Glantz et Lopez.
    Il faut poursuivre dans cette voie.

    Cordialement,

    Nicolas

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