Confederate last stand… Quand s’est achevée la guerre de Sécession ?

Il est entendu que l’on connait généralement sous nos longitudes aussi peu et aussi mal l’histoire des États-Unis qu’un Américain normalement cultivé connait l’histoire de France.

Ce postulat de juste réciprocité paraitra gratuit aux plus avertis d’entre vous, mais il est posé. En dehors de quelques saisissants raccourcis à base d’esclavage heureusement aboli, de scènes mélodramatiques avec Patrick Swayze issues de (vieille) séries télévisées à succès ou d’autres moins mélodramatiques issues de (toujours jeunes) westerns à base de regards eastwoodiens et de musiques morriconiennes, la guerre de Sécession, épisode pourtant terrible et fondateur entre tous, ne fait pas exception.

La question du jour est : « quand cette guerre s’est elle achevée ». (Pourquoi ? Parce que).

Si l’on s’accorde à considérer, près de quatre mois après le début de la sécession en chaîne des états sudistes, la canonnade du Fort Sumter (Caroline du Sud) des 12 et 13 avril 1861 comme le début du conflit, dater sa fin est en effet moins évident.

Reddition de Lee à Grant à Appomattox

Appomattox Courthouse, Virginie, 9 avril 1865. L’élégant et hiératique général Robert Lee, champion et plus grand capitaine du Sud dépose les armes devant le général Ulysse Grant, son plus terne mais non moins efficace alter ego du Nord. Cinq jours plus tard, son destin accompli, se sachant victorieux et d’ores et déjà entré dans l’histoire comme l’artisan de l’abolition, le président Abraham Lincoln est assassiné quelques semaines seulement après le début de son second mandat. Il aura fallu quatre années pleines, près de 3 millions de soldats, 2000 batailles et 600000 morts pour vider définitivement une querelle d’identité et de souveraineté devenue peu à peu guerre totale ayant pour objet l’existence même de la vieille société sudiste et de son principal pilier, l’esclavage.

On pleure, on rit. Tous les ingrédients pour clore le dernier acte sont réunis. Fin du film.

Et pourtant. On ignore souvent que la reddition de Lee, pour être un puissant symbole de la fin de Sud, n’est pas sa fin véritable. Bien sûr, à quelques exceptions près – dont le président de la Confédération « Jeff » Davis – la plupart des Sudistes savent alors, et parfois depuis très longtemps, la partie non seulement sans espoir mais d’ores et déjà perdue. Pour autant, plusieurs armées confédérées tiennent encore la campagne, entretenant l’illusion pendant quelques semaines, accrochant encore ça et là, parfois avec succès, les troupes fédérales.

"Joe" Johnston

Ainsi, la plus importante reddition de la guerre n’intervient que le 26 avril, à Bennett Place en Caroline du Nord, plus de quinze jours après Appomattox. Après d’âpres négociation. Le général « Joe » Johnston se décide à capituler avec son Armée du Tennessee et toutes les garnisons des états du Sud-Est – 90000 hommes au total – face au détesté général Sherman. Les derniers éléments de la région ravagée déposent les armes début mai.

La vague des redditions locales va se poursuivre d’Est en Ouest au fil des semaines et après quelques hésitations, parfois d’ultimes affrontements comme en Floride ou dans l’Arkansas. Toutes les forces restantes à l’Est du Mississippi, les 12000 hommes du général Taylor, les résidus des garnisons du Golfe du général Maury, les cavaliers du flamboyant Nathan Bedford Forrest, futur fondateur du tristement fameux Ku Klux Klan et quelques autres détachements capitulent successivement dans l’Alabama et en Georgie entre le 4 et le 12 mai. Après avoir réuni une ultime fois son cabinet de guerre le 5 mai en Georgie, Jefferson Davis lui-même est capturé le 10 près d’Irwindale alors qu’il tentait de traverser le pays pour rallier les dernières troupes confédérées au delà du Mississippi.

Reste en effet en mai 1865 cette « petite Confédération », zone rebelle à l’Ouest du Mississippi comprenant le Texas, l’Arkansas, l’Ouest de la Louisiane, tout au moins les régions que les Yankees n’occupent pas encore. Coupée du reste du Sud depuis la chute apocalyptique de Vicksburg, dernière place forte sur la grande artère qu’est le fleuve Mississippi, à l’été 1863, cette région dite du « Trans-Mississippi » mène depuis un an et demi sa propre guerre en autonomie forcée. Les nouvelles de l’Est y sont rares et tardives. Outre les troupes de milice texanes qui infligent une ultime défaite aux nordistes près de Brownsville, le 13 mai, l’Armée du Trans-Mississippi du général Edmund Kirby Smith représente de fait pendant plusieurs semaines la dernière grande force sudiste. La reddition des 43000 hommes de Kirby Smith n’intervient que le 26 mai à Shreveport, en Louisiane. Est-ce alors vraiment la fin ?

Stand Watie

Pas tout à fait. Il reste encore en juin 1865 un général confédéré à la tête d’une troupe organisée. Par une singulière ironie du sort, ce général est Indien. Il est même le seul « native american » s’étant vu conférer ce grade pendant toute la guerre. Il se nomme Stand Watie et commande une brigade de cavalerie composée de guerriers Cherokee, Choctaw, Creeks, Osage et Seminole qui mènent depuis 1861 une guerre de raids sur les arrières des troupes fédérales en échange de la promesse d’une reconnaissance politique officielle par la Confédération. Derniers de leur camp, Stand Watie et ses cavaliers ne capitulent que le 23 juin 1865 à Fort Towson sur le territoire Choctaw, un mois après la reddition de l’Armée du Trans-Mississippi et deux mois et demi après Appomattox.

Si les distances et la quasi absence de communications expliquent cette capitulation interminable des forces terrestres sudistes, que dire des forces navales. Malgré une infériorité de moyens endémique, la Confédération a depuis le début de la guerre entretenu bon an mal an une petite flotte de canonnières et de « cuirassés » – et jusqu’au premier sous-marin du monde à Charleston – tapis le long des côtes et dans les méandres des fleuves pour disputer, souvent en vain, la suprématie navale de l’Union. Parmi les rares réussites confédérées dans ce domaine figurent également quelques redoutables navires « corsaires » qui sur les sept mers ont mené la vie dure à la navigation de commerce nordiste. Le CSS Shenandoah du capitaine James Waddell est de ceux là. En juin 1865, il poursuit un périple de plusieurs mois à la recherche de proies. Le 22, il détruit un convoi de baleinières nordistes avant de disparaitre une fois encore. Ce n’est que le 2 août que Waddell apprend d’un navire anglais la reddition d’Appomattox. Inscrivant sur son journal ce jour comme « le plus noir de sa vie » et craignant l’accusation de piraterie, le capitaine du Shanandoah range ses armes et décide de rallier un port européen. Dernier navire confédéré encore à la mer, il s’en remet aux autorités anglaises dans le port de Liverpool, le 6 novembre 1865 après un an de navigation et un tour du monde complet.

Famille d'esclaves en Caroline du Sud

L’épilogue politique de ce sanglant épisode de l’histoire américaine sera bien plus long encore à aboutir. Après une difficile période de « reconstruction », la réintégration politique des ex états rebelles prendra plusieurs années ouvrant une nouvelle ère politique économique et sociale marquée souvent dans le Sud par diverses formes d’exclusion ou d’apartheid vis à vis des population noires en lieu et place de l’esclavage.

Le président Andrew Johnson ne prononcera officiellement la fin de « l’insurrection » et la restauration de la « paix et de la tranquillité » sur tout le territoire que le 20 août… 1866. Mais pour voir le dernier état ex-confédéré, la Georgie, réunir les conditions requises pour réintégrer pleinement et officiellement l’Union, il faudra attendre l’année 1870.

Organisation de l’Armée du Trans-Mississippi, dernière armée active de la Confédération, lors de sa formation en septembre 1864 :
TM Army 1864 VB

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A propos Cliophage

Historien et Journaliste; Spécialiste d'histoire militaire contemporaine (XIXe - XXe siècle), défense & plus si affinités
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